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Fictions lesbiennes E.G.O.
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18 octobre 2024

Le contrat - fiction

Le contrat - fiction
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Titre : Le contrat

 

Résumé :

3 règles :

1 – Tu dois faire tout ce que je te demande, tout ce que je te dis

2 – Tu dois prendre soin de moi comme moi je prendrais soin de toi

3 – Si tu ne respectes pas ces règles, tu devras me rembourser

 

Etat : Terminé

 

Chapitre : 21 + Epilogue

 

 

La photo est une image libre de droit.

Je rappelle simplement  que les textes sur ce blog sont miens, alors merci de prendre en compte l'Article L111-1 du code de la propriété intellectuelle.

 

L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.

Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial, qui sont déterminés par les livres Ier et III du présent code.

L'existence ou la conclusion d'un contrat de louage d'ouvrage ou de service par l'auteur d'une oeuvre de l'esprit n'emporte pas dérogation à la jouissance du droit reconnu par le premier alinéa, sous réserve des exceptions prévues par le présent code. Sous les mêmes réserves, il n'est pas non plus dérogé à la jouissance de ce même droit lorsque l'auteur de l'oeuvre de l'esprit est un agent de l'Etat, d'une collectivité territoriale, d'un établissement public à caractère administratif, d'une autorité administrative indépendante dotée de la personnalité morale ou de la Banque de France.

Les dispositions des articles L. 121-7-1 et L. 131-3-1 à L. 131-3-3 ne s'appliquent pas aux agents auteurs d'oeuvres dont la divulgation n'est soumise, en vertu de leur statut ou des règles qui régissent leurs fonctions, à aucun contrôle préalable de l'autorité hiérarchique.

 

Chapitre  1 : JORDANE

 

Mais qu’est-ce qu’il m’a pris de venir ici, dans cet endroit où le corps des femmes ne signifie rien d’autre qu’esclave sexuelle. Mes mains tremblent lorsque je commence à déboutonner ma chemise qui tombe le long de mon corps. Je glisse mes doigts vers le bouton de mon jean que je décroche avec nervosité. Je déglutis avec difficulté, ma gorge est sèche, mon pouls augmente de secondes en secondes. J’enlève ce dernier vêtement et me retrouve en sous-vêtements dans cette pièce exiguë. Malgré la chaleur ambiante, mon corps réagit différemment. J’ai la chair de poule, des frissons me parcourent remontant le long de l’échine. Je pose mes mains sur la table devant moi et baisse la tête. Depuis que j’ai mis les pieds dans cet endroit, je m’interroge sans cesse sur ma venue ici. Et plus j’y pense, plus je me convaincs qu’il s’agit de la bonne solution, de la seule solution. La porte s’ouvre violemment.

  • C’est à toi dans 5 minutes !

Cette voix grave et peu attentionnée me fait me redresser. Je me regarde une dernière fois dans le miroir. Je ne vois qu’une jeune femme fébrile, apeurée et surtout naïve. Mais c’est cette jeune femme que je veux laisser dans ce miroir. L’image d’une étudiante aimante et chérissant la moindre attention, désireuse de découvrir le monde, la tête dans les nuages, le sourire encore enfantin et un cœur qu’elle aurait aimé libre pour découvrir l’amour.

Ce n’est pas le moment de pleurer Jordane. J’essuie la larme qui se forme au coin de mon œil et inspire avec force.

Ressaisi-toi !

La porte s’ouvre de nouveau brutalement. Cet homme à la carrure carré et au ventre bedonnant me montre la direction à prendre. Sans un mot, j’avance dans ce sombre couloir orné de lumières rouges tamisées. Je le sens sur mes talons, prêt à me forcer à avancer s’il me prenait l’envie de faire demi-tour. Qu’il n’ait crainte, j’ai fait mon choix.

Je m’arrête devant un rideau noir. Je n’entends rien de ce qui se dit de l’autre côté, mon cerveau ayant déconnecté au moment même où j’ai quitté cette pièce. Je suis restée là-bas, dans ce miroir, c’est cette image que je veux garder, ce reflet de moi-même encore innocent.

  • C’est à toi !

Il me passe à côté de façon peu délicate, m’obligeant à me décaler lorsqu’il ouvre le rideau. J’avance en regardant le sol, n’osant affronter mon destin. Je ne sais pas encore comment mes jambes ne fléchissent pas sous ce stress qui gronde en moi mais je suis là, sous cette lumière flamboyante, exposée à la vue de tous.

  • Et pour terminer, pour votre plus grand plaisir, ne dit-on pas le meilleur pour la fin ?

J’entends ces hommes applaudir et rigoler à l’annonce de cette voix masculine.

  • Cette jeune femme de 21 ans, des cheveux blonds comme le blé, des yeux bleus qui vous embarqueraient dans un océan, un corps fluet et une poitrine digne d’une adolescente…

Pourquoi, lorsqu’il dit cela, mes mains se rejoignent devant moi les serrant si fortement que le sang arrête de circuler ?!

  • Elle est là devant vous… toute fraiche mais surtout…Vierge !

Je sens de l’agitation dans la salle. Ces voix d’hommes me parviennent mais je ne veux pas écouter ce qu’ils disent. J’ai envie de m’échapper.

Non !

Rappelle-toi pourquoi tu es là !

  • On commence les enchères à 5000

Mes yeux fixent le sol mais je peux distinguer des bras se lever, des mots lancés, des cris et je suis étonnée d’entendre que l’enchère monte. Je ne réalise pas vraiment ce qu’il se passe lorsque j’entends l’animateur de cette enchère annoncer :

  • 40 000 une fois, 40 000 deux fois…

Qui a fait cette offre ? je lève les yeux timidement pour essayer de distinguer l’acquéreur. Mon regard se porte sur chacun de ces hommes lorsque je le vois lui et son regard. Ça doit être cet homme, la cinquantaine, les cheveux grisonnants. Son regard vicieux m’examine jusqu’à se plonger en moi. A cet instant, j’aimerai disparaitre et son regard ne me rappelle que trop le destin qui m’attend.

  • 50 000, crie une voix au fond de la salle.

Cette voix est différente des autres, plus douce, plus aigüe…féminine.

L’homme de la précédente enchère peste contre celle qui vient de le défier.

  • Retournement de situation, nous avons 50 000, qui dit mieux ? 50 000 une fois, 50 000 deux fois, 50 000 trois fois…adjugé à Madame la Comtesse.

Le baraqué m’attrape par le haut du bras refermant sa prise dessus et me traine jusque devant cette femme.

  • Elle est à vous !

Il part en me laissant là, devant elle, toujours en sous-vêtement.

Mes bras le long du corps, je la regarde assise sur le canapé, n’osant affronter son regard, mes yeux se portent sur la partie basse de son corps. Doucement, ses jambes se décroisent délicatement, reposant ses talons au sol. Elle dépose le verre de vin rouge sur la table basse devant elle, attrape son manteau dans le coin du sofa puis se lève. Elle se poste devant moi, passe ses bras derrière mon dos et dépose son manteau sur mes épaules pour me couvrir. Je déglutis lorsque sa tête se rapproche de moi pour passer le vêtement derrière, ses cheveux chatouillant ma clavicule.

Elle va pour attraper ma main mais instinctivement je la retire avant même qu’elle ne la touche. Mon regard se baisse de nouveau nerveuse de ce qui peut arriver suite à mon geste mais il s’agissait plus d’un réflexe que d’autre chose. Comment va-t-elle réagir ?!

  • Allons-y !

Sa voix reste douce malgré mon acte mais avec un côté autoritaire.

Une grosse berline s’arrête devant nous et un homme, son chauffeur j’imagine, vient nous ouvrir la portière. Elle me laisse passer en premier, je me glisse et vais m’installer au fond de la banquette, bien collée à la vitre. Je réajuste son manteau pour qu’il vienne me couvrir davantage pendant qu’elle prend place à mes côtés.

Le trajet se fait dans le plus grand des silences. Ni elle ni moi n’échangeons ne serait-ce qu’un regard. Je passe mon temps à contempler l’extérieur avec toujours cette impression d’avoir laissé celle que je suis là-bas dans ce miroir. La voiture ralentie et nous passons un immense portail, quelques dizaines de mètres plus loin j’aperçois une maison très moderne.

Déjà !

J’ai l’impression que l’on vient à peine de partir.

Elle sort de la voiture, ses talons s’enfonçant dans les graviers de l’allée délivrant de petits cliquetis sonores à chacun de ses pas. Après avoir monté les quelques marches du perron, j’entre dans cette demeure sortie tout droit d’un catalogue de luxe. Je n’ose m’arrêter sur ce que je vois autour de moi car elle marche toujours devant et je ne fais que la suivre. Nous traversons un salon, puis montons des escaliers et enfin rentrons dans une pièce sombre. Elle allume une petite lumière sur un côté, est-ce sa chambre ? Le lit en face de moi me rappelle pourquoi je suis là et mon cœur reprend son rythme effréné.

Lorsqu’elle s’assoit au bord du lit, je n’ose toujours pas la regarder directement. Je n’ai pu remarquer que ses formes dans son pantalon noir moulant.

Le son de sa voix casse le silence de la pièce.

  • Tu seras ici chez toi mais tu devras suivre 3 règles : tu devras faire tout ce que je te demande, tout ce que je te dis. Tu devras prendre soin de moi comme moi je vais prendre soin de toi et si tu ne respectes pas ces règles, tu devras me rembourser intégralement, est-ce bien compris ?

J’hoche la tête ne faisant pas confiance à ma voix.

  • Regarde-moi !

Sa voix est ferme ce qui a tendance à changer l’atmosphère dans la pièce.

Je redresse la tête et vient poser mes yeux dans les siens et je suis surprise de ce que je vois. Elle est belle. Je n’avais pas osé la regarder dans la voiture. Là-bas, la salle était bien trop sombre pour que je distingue quoi que ce soit. Assise au bord du lit, ses talons sont fermement posés au sol, ses coudes sur ses cuisses et les mains jointes devant elle. Elle doit avoir la trentaine, ses cheveux longs et bruns retombent devant elle en entourant son visage. Elle porte un rouge à lèvre rouge assortis à son vernis.

  • Déshabille-toi…entièrement !

Quoi ?!

Elle change de posture, basculant ses bras derrière elle et relevant la tête comme pour admirer la scène.

J’enlève délicatement son manteau en le laissant tomber au sol, le retenant le plus longtemps possible du bout de mes doigts en espérant que le temps va s’arrêter. Je me déchausse appuyant sur l’arrière du talon de mes petits baskets. Mes mains tremblent lorsqu’elles se glissent derrière mon dos pour dégrafer mon soutien-gorge.

Ne pleure pas !

Tu as choisi ton destin alors maintenant accepte-le !

Mais je n’arrive pas à retenir mes mains de trembler ni mes lèvres.

Le soutien-gorge tombe au sol, ma poitrine se gonfle de plus en plus. Je n’aurai jamais cru perdre ma virginité comme ça, en vendant mon corps et qui plus est, avec une femme !

Lorsque mes mains descendent pour attraper les contours de l’élastique de ma culotte, je vois son regard devenir noir. Elle me fixe avec tellement d’ardeur, je me sens mal à l’aise. Je retire ce dernier tissu et me retrouve à sa merci dans mon plus simple appareil.

Je ne sais même plus où mettre mes bras, mes mains, ma pudeur. Je ne sais pas comment me recouvrir. J’ai tellement honte.

Elle se lève, se rapproche dangereusement de moi. Mon corps tremble à ne plus s’arrêter. Je manque d’air, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. Elle n’est qu’à quelques centimètres, je sens l’effluve de son parfum, mon cœur tambourine si fort, j’ai peur de laisser échapper une larme et me trahir.

  • La salle de bain est derrière toi, elle se recule et commence à partir, fais comme chez toi, je vais te déposer des vêtements pour dormir.

 

Chapitre 2 : ELISE

 

Accoudée au bar, verre de rouge à la main, j’attends patiemment que l’on nous appelle. J’en profite pour écouter ce qui se dit autour de moi et ce que j’entends me fait froid dans le dos.

Pourtant, je suis là avec eux. Quelle idée j’ai eu d’accepter la proposition du directeur de ce lieu.

  • Une bien charnue, bien en forme, avec ce qu’il faut là où il faut, dit un homme sur ma droite.

Discrètement mon oreille se porte sur leur conversation.

  • Oui et une jeune si possible bien étroite.

Ils me dégoutent. L’homme au visage rond, ventre bedonnant et cheveux graissés sur le côté me regarde et lève son verre dans ma direction avec un sourire quelque peu sadique. Ne prêtant pas attention à cela, j’amène mon verre de vin à mes lèvres me demandant encore pourquoi je suis venue là. Je ne cherchais qu’une femme pour passer la soirée, sans prise de tête, juste pour une nuit de plaisirs et je me retrouve dans une sorte de vente aux enchères avec des hommes plus malsains les uns que les autres.

  • Messieurs, Madame, la soirée va commencer, si vous voulez bien me suivre, nous indique un homme en ouvrant la porte derrière lui.

Je prends le temps de récupérer mes affaires et attends que chacun d’entre eux passent pour enfin les suivre. Je m’installe au fond de la salle sur une sorte de canapé ou j’imagine certains actes ont dû avoir lieu. La lumière est extrêmement sombre et il me faut un certain temps avant de m’habituer à la pénombre de la pièce. La salle à l’air plutôt grande, c’est la taille de la scène qui me fait penser cela.

  • Madame, un autre verre ?

J’acquiesce de la tête et regarde la jeune fille me resservir. Elle m’adresse un timide sourire et part à la table voisine ou elle est accueillie dans la bonne humeur par une table d’hommes plus que motivés par cette soirée. L’un d’eux n’hésite pas à poser sa main sur les fesses de la jeune fille qui ne rétorque rien à cela. Inconsciemment, je me dis qu’elle doit en avoir l’habitude pourtant elle a l’air tellement jeune.

La scène s’assombrit et le projecteur se braque en plein milieu. Au bout de cette estrade, le présentateur je présume, micro à la main annonce le début des festivités.

Le défilé des femmes commence. Toutes différentes les unes des autres, certaines ont des formes généreuses, d’autres moins, grandes, petites mais contrairement à ce que je pensais il y a tous les âges. Je pensais qu’une sélection avait été faites au préalable mais d’après ce que je peux voir, la plus âgée ne semble pas dépasser les 40 ans.

Je ne me sens pas bien à l’aise dans cette soirée. Tous ces mots, ces cris qui fusent à chaque passage. Tous ces commentaires déplacés m’ont fait perdre mon envie d’un soir. Un coup d’œil à ma montre m’indique que j’ai passé bien trop de temps ici plutôt qu’à trouver mon bonheur. Je bois une dernière gorgée de mon verre de vin et commence à regrouper mes affaires pour partir.

Le présentateur annonce la dernière femme et intérieurement je suis heureuse de l’apprendre mais lorsqu’il prononce le mot vierge mon ventre se serre et je ne bouge plus. Je vois la jeune fille avancer sur la scène totalement différente des autres participantes. Sa lingerie n’est pas du tout sexy, bien au contraire, elle est le reflet d’une jeune femme qui sort de l’adolescence avec une culotte rose bonbon et un soutien-gorge assorti en coton. Le regard bas, elle semble si frêle et apeurée. Les enchères commencent et j’ai l’impression de voir son corps tout entier trembler.

J’entends ce que dit le groupe d’hommes en face de moi et cela me dégoute de plus en plus.

Je la regarde de haut en bas et son côté mignon me pince le cœur.

L’argent facile attire beaucoup de femmes dans des endroits comme ceux-là mais de là à vendre son corps aux plus offrants en n’ayant eu aucune expérience sexuelle auparavant me fait de la peine.

Je repose mon verre sur la table puis décide de partir de là. Rester une minute de plus me rend malade.

Je suis venue chercher un peu de chaleur humaine, du réconfort, de la tendresse et je me retrouve dans la même posture que ces hommes imbuvables, dénués de compassion et ne pensant qu’à une chose : le sexe dans le plus pervers du terme.

  • 40 000 ici ! crie fièrement l’homme au visage rond

J’attrape mon manteau et commence à me lever lorsque j’entends de sa part.

  • Avec moi elle va vite découvrir les joies du plaisir charnel…
  • 40 000 une fois…. Reprend l’animateur
  • Je vais tellement la lui mettre qu’elle n’arrivera plus à marcher droit.

Son rire dégoutant et la façon dont ses collègues l’accompagnent me donne envie de vomir.

  • 50 000, dis-je en reprenant ma place

Je ne montre rien mais intérieurement je suis bien heureuse de lui couper l’herbe sous le pied même si je me demande encore pourquoi je le fais. Je le vois bougonner et jeter de vifs regards dans ma direction.

Il ne renchérit pas et je m’allège de 50 000 euros pour cette jeune inconnue.

  • Elle est à vous ! m’annonce-le baraqué en amenant la jeune femme devant moi.

 

**********

J’entends l’eau couler depuis un bon moment. J’espère ne pas avoir été trop dur avec elle en lui demandant de se déshabiller entièrement. Mais, dans un sens, elle a choisi de se vendre pour de l’argent. Elle aurait pu connaitre pire.

Si je l’avais laissé aux mains de cet homme, je n’ose imaginer ce qu’il lui aurait fait subir. Je me suis retenue pour ne pas la toucher en la voyant nue. Pourtant sa peau avait l’air si douce mais la voir dans cet état-là, comme un petit chat égaré et apeuré, m’a fait réaliser que je n’étais pas comme ça.

Intérieurement, je me demande si elle s’est vraiment vendue en connaissance de cause. Je ne connais rien d’elle, mais comment une jeune femme, qui plus est vierge, peut-elle s’offrir aux plus offrants sans ne rien connaitre du sexe ? Imaginait-elle avoir sa première relation avec un inconnu juste pour de l’argent ?

Je dépose un pyjama sur le lit puis me dirige vers la porte de la salle de bain.

Et si je rentrais dans cette pièce, la prenant au dépourvu sous la douche, se laisserait-elle faire ? J’aimerai parcourir son corps et passer une nuit de plaisir comme je pensais la passer au début de la soirée avant que tout cela n’arrive.

L’eau se coupe et je peux entendre le bruit de la paroi de douche s’ouvrir. Elle doit certainement s’essuyer. Je décide de la laisser tranquille et pars dans une autre salle de bain me laver.

Lorsque je reviens dans la chambre, la douche ayant eu un effet bénéfique sur mon état actuel, je la retrouve assise au bord du lit. A peine m’aperçoit-elle, qu’elle se lève droite comme un bâton, toujours les mains jointes devant elle et le regard vers le bas.  Je continue de sécher mes cheveux en les frottant avec ma serviette. Pendant que je m’affaire dans la chambre, elle reste immobile et silencieuse. N’y tenant plus, je m’approche et me positionne devant elle.

Je pose un doigt sous son menton.

  • Regarde-moi

Ses yeux bleus me transpercent et la rougeur qui les entourent m’indique qu’elle a dû pleurer.

  • Comment t’appelles-tu ?

Elle humidifie ses lèvres et avale péniblement.

  • Jordane
  • Jordane ? J’aime beaucoup les prénoms mixtes. Je m’appelle Elise. Tu devrais aller te mettre au lit, j’arrive.

Je la laisse sur place, me dirigeant dans la salle de bain pour sécher mes cheveux.

A mon retour, elle est sous la couette, cette dernière montée jusqu’en haut du cou. J’esquisse un petit sourire en coin en voyant cette scène. Je la sens tressaillir lorsque je m’installe à ses côtés. Peut-être pense-t-elle que je vais lui sauter dessus pour de folles ébats…Mais il n’en est rien, pas dans ces conditions et surtout pas sans son consentement.

J’éteins la lumière et commence à fermer les yeux me remémorant cette soirée. Je laisse quelques minutes passer, attendant de voir ce qu’elle va faire lorsque je sens la couette bouger. J’ai l’impression qu’elle s’est mise de côté. J’ai envie d’aller me coller contre son dos. Je me rapproche d’elle et l’enlace de mon bras tout en venant me coller à son corps chaud. Je sens sa poitrine gonfler à chaque respiration et son corps se crispe à mon contact.

  • Je ne te ferai rien, tu peux dormir tranquille…

J’ai juste envie de dormir contre elle, sentir la chaleur de son corps contre le mien.

 

**********

Je suis la première debout, j’imagine qu’elle a dû avoir du mal à s’endormir après tous ces évènements. Je descends les marches menant à la cuisine lorsque je sens la bonne odeur du café.

  • Bonjour Joséphine
  • Bonjour Elise, comme d’habitude.
  • Oui merci

Joséphine m’apporte une tasse de café et une tartine de pain grillé recouverte de confiture.

  • Merci, lui dis-je en attrapant la tasse entre les doigts

Joséphine travaille chez moi depuis des années. J’ai eu la chance de la rencontrer lors d’un précédent poste dans une entreprise et après avoir appris son licenciement pour motif économique, je lui ai proposé de travailler pour moi. Depuis, elle m’aide beaucoup dans la maison comme si elle était chez elle. Je lui fais confiance en tout point de vue.

  • Joséphine pourriez-vous préparer quelque chose de plus consistant pour le petit-déjeuner ? Un gâteau peut-être ou des œufs …
  • Des œufs ?! me demande-t-elle interloquée.

Je ne déjeune presque jamais car je n’en ai pas le temps et j’imagine que lui faire cette demande doit l’intriguer.

  • Nous avons une invitée, dis-je plus bas.

Je comprends à son attitude qu’elle voit de quoi je parle.

  • Très bien, je prépare cela. Dois-je lui appeler un taxi par la suite ou est-elle venue par ses propres moyens ?
  • Ce n’est pas la peine, elle va… rester ici un moment…je dois y aller. Pourriez-vous la mettre à l’aise s’il vous plait ?

Je vois bien son regard du coin de l’œil mais je préfère ne pas m’attarder dessus. Elle a ce regard maternel qui en dit plus que des mots. Elle me connait très bien et je sais exactement à quoi elle pense. Je reprends vite constance et commence à partir tout en l’entendant me répondre.

  • Bien sûr, comptez sur moi Elise.

Ce n’est pas la première fois que j’invite des femmes chez moi, Joséphine en a l’habitude même si ce n’est pas quelque chose de régulier. Ce qui est différent par contre, c’est d’en laisser une, et ce, pour un laps de temps inconnu. Habituellement, les femmes partent en pleine nuit ou alors juste après le réveil.

Tout s’est passé tellement vite hier soir que je n’ai pas réfléchi à ce que j’allais dire à mon entourage. Je verrai cela plus tard. Il est l’heure de partir au travail.

 

 

 

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Chapitre 3 : JORDANE

 

Lorsque j’ouvre les yeux, ma première réaction est de vérifier si elle est encore dans le lit. Pour mon plus grand soulagement non. Mes paupières sont lourdes et j’ai l’impression d’avoir les yeux gonflés. Je reste quelques minutes allongées me remémorant la soirée d’hier. A y repenser, je suis surprise du comportement de cette femme. Je m’attendais à tout autre chose pour la nuit. Elle est juste restée contre moi pour s’endormir puis a repris sa place au bout d’un certain temps. C’est à cet instant que j’ai réussi à fermer les yeux.

Les minutes passent et je ne sais pas quoi faire. La couette est remontée au maximum et je n’ose bouger. Va-t-elle revenir d’un moment à l’autre ? Mes yeux se posent un peu partout dans la pièce mais la faible lueur du dessous de la porte de la chambre ne me permet pas de distinguer quoique ce soit correctement.

Le temps avance trop lentement à mon goût et une envie pressante m’oblige à sortir du lit. A petit pas, je me dirige dans la salle de bain pour faire mon affaire. De retour dans la chambre, j’allume les lumières. La pièce est sobre avec un lit entouré de tables de chevet, une bibliothèque pleine à craquer de livres en tout genre, un fauteuil dans un coin et un grand placard tout en longueur. Il n’y a ni photos, ni décorations murales.

Je suis toujours vêtue du pyjama qu’elle m’a donné la veille, un shorty avec un léger haut à fine bretelle. Sur le fauteuil, j’aperçois un sweat contre le dossier. Je le saisi et l’enfile rapidement. Etonnamment, c’est son odeur qui me monte au nez à l’instant même où je passe ma tête dans l’encolure. Une odeur sucrée qui se veut rassurante.

Après plusieurs minutes de réflexion, je décide à sortir de cette pièce. Peut-être est-elle en bas à m’attendre ? Que vais-je lui dire ? Comment dois-je me comporter ?

Je prends mon courage à deux mains et ouvre la porte. J’avance doucement dans ce hall ouvert sur d’énormes baies vitrées. Je descends les marches unes à unes en laissant glisser ma main sur la rambarde lorsqu’une odeur de gâteau me monte au nez réveillant ainsi mon appétit perturbé. L’odeur ressemble fortement à celle du chocolat. Une fois en bas, je me retrouve dans une énorme pièce agencée d’un canapé, trois fauteuils, d’une grande table à manger rectangulaire noire, encore une bibliothèque remplie de livres mais également de vinyles.

J’entends du bruit sur la gauche. Tirant sur le sweat pour le descendre au maximum, je m’avance d’un pas incertain dans cette direction. Le bruit de la vaisselle résonne de plus en plus donnant à mon cœur de quoi s’agiter. La porte est outre-ouverte, j’entends quelqu’un marmonner, la voix d’une femme. Ma main se lève doucement pour aller pousser la porte lorsque cette dernière apparait brutalement devant moi.

  • Vous m’avez fait peur ! dit-elle en posant une main sur sa poitrine

Elle ramasse le torchon qu’elle vient de faire tomber et reprend d’une voix douce.

  • Entrez, n’ayez pas peur, je vous ai préparé à manger. Vous avez faim ?

La dame, âgée d’une cinquantaine d’année environ, a les cheveux bruns redressés en un chignon parfaitement réalisé. De petite taille et d’une morphologie que je qualifierai de dodu, elle se dirige vers une table ronde au fond de la pièce où elle tire la chaise m’incitant à venir m’y asseoir. Je m’installe sans un bruit et attends patiemment sans trop la regarder.

  • J’ai fait un gâteau au chocolat, dit-elle en posant cela devant moi.

Puis, elle amène également des fruits, du pain grillé avec de la confiture et du jus de fruits frais.

  • Souhaitez-vous un café ou bien du thé ? Peut-être aimeriez-vous des œufs ?

Je ne comprends pas trop ce qu’il se passe. Pourquoi suis-je si bien traitée ?

  • Hum…je…

Je suis vraiment perdue et ça me fait bafouiller.

  • Est-ce que la dame… 

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’elle me coupe :

  • La dame ?!
  • Heu…est-ce que Elise est là ?
  • Elle est partie au travail tôt ce matin, elle reviendra en début de soirée.
  • D’accord
  • Alors, une petite boisson chaude ?

Ramenant mes mains entre mes cuisses, je lui réponds d’une petite voix sans oser la regarder :

  • Je veux bien un thé, merci.

Je l’entends s’affairer en cuisine pendant que je contemple la nourriture devant moi. Elle dépose la tasse fumante et m’adresse un sourire amicale. Cette dame à l’air gentille.

Mes yeux contemplent pendant de longues minutes la vapeur chaude du thé s’évaporer. Je me pose tellement de questions. Ai-je fais le bon choix ?

 

 

 

Chapitre 4 : ELISE

 

Un regard à ma montre et cette dernière m’indique que je pars encore tard du travail. Pourtant je m’étais promis de rentrer plus tôt aujourd’hui pour découvrir ma nouvelle pensionnaire.

Une fois dans la voiture, je me demande comment agir avec elle. Je n’ai plus l’habitude d’interagir avec quelqu’un, autre que pour le travail. En règle général, une fois de retour chez moi, je mange tranquillement le repas préparé par Joséphine puis travail encore quelques heures avant d’aller me coucher. Et cela est mon quotidien depuis pas mal de temps déjà. Je me frotte le visage d’une main ferme et desserre le petit nœud de mon col. Peu importe ce que je m’imagine, une chose est sûre, j’aviserai en arrivant.

Après avoir refermé la porte derrière moi, je trouve étrange que la pièce soit aussi sombre tout en sachant que Jordane doit être là. Serait-elle partie avec le butin ? C’est vrai que l’idée m’a traversée l’esprit quelques fois dans la journée. Je pose mon sac sur le meuble dans l’entrée et me déchaussant je souris nerveusement. J’avance dans le noir jusqu’à atteindre la lampe du salon et lorsque la lumière s’allume, je la vois assise sur le canapé.

Dans un sens, je me sens rassurée ou contente qu’elle ne soit pas partie sinon ma courtoisie aurait été de courte durée.

Elle n’est pas surprise de me voir mais plutôt craintive. Tout d’abord assise en tailleur, elle se lève brusquement lorsque j’arrive à son niveau. Elle porte toujours le pyjama et je vois qu’elle a mis mon sweat ce qui me fait sourire intérieurement. Je la regarde sans un mot. Sa peau est blanche et elle n’est pas très épaisse. Ses cheveux couleur blé tombent sous ses épaules laissant échapper quelques mèches ondulées. Ses lèvres sont roses et fines. Sa timidité fait qu’elle les mordille régulièrement laissant une petite marque sur sa lèvre inférieure. Comme hier, elle ne me regarde pas, sa tête penchée vers le bas. Je fais un pas vers elle, levant ma main vers son visage et relevant son menton :

  • J’aimerai que tu me regardes lorsque je suis face à toi.

Ses yeux sont plantés dans les miens au moment où mon pouce vient caresser sa lèvre abimée.

  • Tu devrais soigner ça, il y a tout ce qu’il faut dans la salle de bain.

Je m’éloigne pour aller allumer une autre lumière et je remarque qu’elle reste immobile et silencieuse. Reprenant ma place en face d’elle j’ajoute :

  • Préfères-tu un bisou magique ?

Ma tête s’approche dangereusement de la sienne lorsque je vois dans son regard comme un déclic. Elle se recule et bafouille :

  • Euh…je…d’accord…salle de bain…

Elle s’éclipse plus vite que je ne le pensais. Dommage pour moi, j’aurai bien aimé gouter ses lèvres.

Je commence à préparer les plats que Joséphine à gentiment cuisiné pour diner. J’en profite pour ouvrir une bouteille de vin rouge et me servir. Le nectar qui coule dans ma gorge me fait un bien fou. J’entends un léger bruit sur ma gauche et vois Jordane dans l’embrasure de la porte.

  • Tu as faim ? lui demandais-je en finissant de disposer les assiettes
  • Oui

J’amène les assiettes à table suivi de deux verres de vin.

  • Tient, ça te fera du bien.

Je pousse ce dernier face à elle.

  • Je ne bois pas

Etonnant ! Je pensais qu’à son âge tous les jeunes buvaient. Je n’insiste pas et pose le verre devant moi.

  • Tu peux manger

Elle attrape sa fourchette et commence l’ascension des aliments vers sa bouche. Pour ma part, je déguste lentement le vin prenant le temps de la réflexion. Je la trouve bien obéissante. A la voir comme ça on pourrait croire que je la maltraite alors que ça ne fait qu’un jour qu’elle est là. Le repas se passe dans un calme si profond que seul le bruit des couverts résonne.

Je décide de couper ce silence :

  • Je ne te demanderai pas pourquoi tu t’es mise dans cette situation ni ce qui t’a amené à faire ce choix. Par contre, comme dans tout contrat, les deux parties sont conscientes de ce qu’elles ont signé. Tu comprends ce que je dis ?
  • Oui, répond-elle en finissant d’avaler sa bouchée et en reposant doucement les couverts de part et d’autre de l’assiette.
  • Tu as fait un choix qui te lie à moi pour le moment. Tu en es consciente ?
  • Oui
  • Sais-tu en quoi ce contrat t’engage ?

Je la vois déglutir péniblement mais je veux qu’elle sache exactement dans quoi elle s’est embarquée.

Elle hoche la tête pour acquiescer.

  • Dis-le ?

Ses mains sont jointes entre ses jambes et je la vois se balloter d’avant en arrière par nervosité.

  • Je dois faire…tout…ce que vous voulez
  • C’est ça ! tu dois répondre à toutes mes exigences, à toutes mes envies…à tous mes désirs, tu sais ce que ça veut dire ?
  • Oui

Je me lève, pousse l’assiette qui est devant elle, la prend par la main et l’oblige à s’asseoir sur la table. Je viens poser mes deux mains de chaque côté de son corps.

  • Regarde-moi !

Nos têtes sont face à face. Ses yeux sont humides, je sens qu’elle va craquer et c’est le but. Elle ne se rend peut-être pas encore compte de la situation dans laquelle elle s’est mise. J’aurai pu la cueillir dès notre arrivée. La somme que j’ai dépensée pourrait m’en donner le droit, elle pourrait me donner ce droit car elle a signé ce contrat.

  • Embrasse-moi !

Son visage change et c’est un air de panique que je vois se dessiner. Ses yeux s’humidifient de plus en plus. Les lèvres tremblantes elle s’avance vers moi et j’aperçois ses larmes couler. J’aimerai l’étreindre pour la rassurer mais à la place je recule. Je tourne la tête et respire un grand coup. Je vais pour ajouter autre chose, quelque chose de réconfortant mais je préfère m’abstenir. Je ramasse les assiettes, déposent tout dans le lave-vaisselle puis monte me doucher en la laissant derrière moi.

L’eau chaude tombe sur mon visage, j’adore cette sensation comme si tous les tracas de la journée s’écoulaient sous ces gouttes. Je pourrais y rester des heures surtout en ce moment. Je ne sais pas trop comment me comporter avec elle. Je n’ai pas envie d’être la méchante mais je n’ai pas non plus envie d’être trop gentille. Je ne la connais pas, je ne sais rien d’elle et j’essaye de composer comme je le peux.

Ah… dans quoi me suis-je embarquée !

Lorsque je sors de la salle de bain, elle m’attend debout dans la pièce. Je vais m’asseoir sur le bord du lit et attrape dans le tiroir de la table de chevet une crème pour les mains. Une petite dose sur le revers de celle-ci et je commence à les hydrater.

  • J’ai des dossiers à terminer ce soir, je serai à mon bureau au bout du couloir. Si tu as besoin de quelque chose…pendant que j’y pense, as-tu des vêtements que tu aimerais récupérer ?
  • J’ai une valise, répond-elle d’une voix fluette
  • Très bien, je demanderai à Axel de t’y amener demain et en attendant prends ce que tu veux dans mes placards.
  • Merci

Je me lève et pars de la chambre.

**********

Je commence à avoir mal au dos et je sens mes paupières lourdes comme des cairons. Je me réinstalle sur le fauteuil et étire de droite à gauche mon cou et mes cervicales. Je pousse un léger soupir en posant mon dos contre le dossier la tête redressée et les yeux rivés au plafond. Encore une soirée à travailler. J’ai l’impression de ne faire que ça en ce moment. En y réfléchissant, le travail est devenu au fil des années mon quotidien et ma sécurité. J’éteins l’ordinateur, range les quelques feuilles dans le dossier puis pars en direction de la chambre.

La lumière de la table de chevet encore allumée, je la retrouve allongée sur le dos, la tête penchée sur un côté et dans ses mains un livre. Je m’approche délicatement en essayant d’être la plus discrète possible et l’observe de haut. Elle a l’air si paisible. Je retire doucement le livre d’une de ses mains et suis surprise de découvrir un livre de poésie, qu’elle a surement dû prendre dans ma bibliothèque. Je dépose ce dernier sur la table basse puis viens m’asseoir au bord du lit. Lorsque le matelas s’affaisse, elle bouge doucement tout en faisant un tout petit bruit de grognement. Je souris du coin des lèvres trouvant cela mignon. Ma main vient dégager quelques mèches de cheveux qui recouvrent son visage laissant apparaitre une peau blanche et douce. Elle est vraiment jeune, surement la vingtaine. Sur le coin de l’arcade, une petite cicatrice est dessinée. Ma main va instinctivement la caresser du bout des doigts puis remonte lentement dans ses cheveux. Mon pouce frotte avec douceur son front. Je commence à me baisser pour venir poser mes lèvres dessus.

Chapitre 5 : JORDANE

Cela fait quelques minutes qu’elle est assise à côté de moi et me caresse les cheveux. Je fais semblant de ne pas dormir mais lorsque je sens son souffle proche de mon visage, je me répète intérieurement : ne bouge pas, ne bouge pas, ne bouge pas. J’ai l’impression que ma respiration s’est arrêtée le temps d’un instant, pourtant je sens mon palpitant s’accélérer et j’ai peur qu’elle ne découvre ma supercherie. Je ne sais pas comment elle prendrait cela. Je n’arrive pas trop à la cerner, je n’arrive pas à résonner correctement. Elle voulait que je l’embrasse tout à l’heure mais je n’ai pas réussi à retenir mes larmes de couler. Est-ce qu’elle va m’embrasser pendant que je dors ? A cette distance, même les yeux fermés, j’ai l’impression de tout deviner dans les moindres détails. Je sens une mèche de ses cheveux caresser mon épaule et sa respiration souffler contre mon front. Je la sens humidifier ses lèvres, le léger bruit de sa langue les dessinant. Son odeur corporelle sucrée m’envahit comme une couverture et je sens la chaleur de son corps, sa peau qui n’est qu’à quelques millimètres de moi.

Mais rien ne se passe.

Elle se lève et je l’entends faire quelques pas. Les draps se soulèvent et comme hier, elle vient prendre place contre mon dos sans un bruit. Je relâche ma mâchoire que j’avais serré inconsciemment et ouvre les yeux.

Pourquoi n’a-t-elle rien fait ? Elle était si proche.

Cette nuit encore, il me faut de longues et longues minutes avant de m’endormir.

 

**********

 

Il est aux alentours des huit heures lorsque j’ouvre les yeux. Elise n’est plus dans le lit, sa place est froide en total contraste avec la chaleur de son corps hier soir. En descendant les marches, j’entends Joséphine s’affairer en cuisine. Elle m’accueille avec beaucoup trop de nourriture. Je reprends ma place qui je pense sera la mienne au quotidien.

  • Un thé comme hier ?

J’acquiesce de la tête en administrant un petit sourire :

  • Oui merci
  • Vous avez passé une bonne nuit ?
  • Oui merci

Elle dépose un gâteau marbré devant moi qui pourrait nourrir une famille entière.

  • N’hésitez pas à vous servir, me dit-elle avec un grand sourire, chaud c’est encore meilleur.

N’osant la contredire, j’attrape une tranche que je dépose dans l’assiette. Je la vois me regarder alors ma main ne perd pas un instant pour attraper la cuillère, couper un morceau et mettre cela dans ma bouche. En règle général, je ne suis pas fan des gâteaux mais celui-là est vraiment délicieux. A peine mes pupilles y ont gouté que ma main n’hésite pas à piocher à nouveau dedans encore et encore jusqu’à finir ma part. Joséphine dépose le thé devant moi et voyant mon assiette vide, me ressert généreusement. Je la gratifie d’un sourire gêné mais en même temps reconnaissante. Je n’aurai pas osé en reprendre et ce matin, contrairement à la veille, j’ai très faim.

Après avoir déjeuné, je dépose ma tasse dans l’évier puis ramène les gâteaux et autres viennoiseries vers Joséphine, cette dernière ne manquant pas de me faire remarquer que cela n’est pas mon rôle tout en m’incitant à ne plus rien faire.

Un homme d’une quarantaine d’années fait irruption dans la cuisine. Joséphine n’a pas l’air déstabilisé à son arrivée et je pense deviner qu’il doit s’agir d’Axel le chauffeur. De grande taille et d’allure svelte, il ne porte pas le même regard qu’elle sur moi. Il a un soupçon de mépris et j’en déduis que c’est lui qui conduisait la voiture lors de mon arrivée ici. Il sait donc d’où je viens. Penaude, je baisse la tête attendant les ordres.

Ce dernier va se servir une tasse de café puis après avoir bu le nectar m’annonce :

  • Madame m’a demandé de vous conduire pour récupérer vos affaires. Je vous attends dans le hall d’ici dix minutes !

A son ton, je comprends que ce n’est pas une question mais une obligation.

  • D’accord, je me change et j’arrive, merci.

Je pars rapidement de la cuisine en entendant derrière moi Joséphine le réprimander :

  • Ne sois pas si strict avec la petite, tu vas lui faire peur…

 

Il m’a fallu peu de temps pour me préparer. J’ai fait ma toilette en quatrième vitesse ce qui veut dire simplement les dents et le visage puis j’ai trouvé de quoi m’habiller dans l’un de ses tiroirs. Je n’ai pas fait attention à ce que je prenais, j’ai simplement attrapé ce qui se trouvait sous mes mains.

La voiture roule dans un silence de plomb lorsqu’il se gare à l’endroit indiqué sur le GPS.

  • Nous y sommes ?!

A nouveau, je ne peux dire si c’est une question ou une affirmation mais par sécurité je préfère lui répondre :

  • Merci c’est bien là.

Je descends du véhicule et me dirige en direction de l’épicerie au coin de la rue. Une fois dedans, je cherche du regard le patron et l’apercevant, je me dirige vers lui d’un pas pressé.

  • Bonjour Monsieur, lui dis-je alors qu’il me tourne le dos.

Il se retourne avec un air sévère sur le visage qui change radicalement lorsqu’il me voit.

  • Jordane

Sa voix est grave et forte et son sourire communicateur.

  • Comment vas-tu ma grande ? Tu sais que les journées sont longues sans toi…Certains des clients m’ont même demandé où tu étais.

Je souris nerveusement à ses compliments.

  • Tu es là pour ta valise j’imagine ?
  • Oui
  • Ne bouge pas je vais te la chercher.

Il ressort de la pièce du fond avec ma valise jaune citron.

  • Tes amis sont également venus. Ils s’inquiétaient pour toi, apparemment tu ne leur donnes plus de nouvelles depuis quelques temps. Est-ce que tout va bien ?

Je me gratte la nuque par nervosité et raclant ma gorge je lui réponds :

  • Oui tout va bien merci, c’est juste que ces derniers temps c’était un peu compliqué mais maintenant tout va mieux. Je les contacterai bientôt.

Il me regarde d’un air compatissant comme un père ferait à son enfant.

Il pose une main sur mon épaule et ajoute :

  • Tu sais que si tu as besoin de quelque chose, n’hésites pas à me demander. Après tout ce que tu as fait pour moi lorsque ma femme était malade, tu peux compter sur moi.
  • C’est gentil Monsieur ROBERT mais tout va bien maintenant. Je les appellerai bientôt.
  • Bon, je l’espère. Dans tous les cas, ma porte te sera toujours ouverte et tu sais où me trouver ?

La clochette de la boutique se met à sonner.

  • J’arrive dans un instant, crie-t-il de sa place
  • Merci encore
  • Avec plaisir et prend soin de toi, j’espère te revoir bientôt.

Il va à la rencontre de son client pendant que je traine ma valise dehors. Axel qui m’attend adossé à la voiture la glisse dans le coffre. C’est sans un mot que nous reprenons la route vers la maison.

Penser le mot maison me fait tellement bizarre car ce n’est pas chez moi et pourtant je dois nommer cette place maison, comme un terme qui se veut familier et rassurant et qui pour moi à cet instant précis n’est ni l’un ni l’autre.

La journée a été moins longue que la veille. Plusieurs personnes se sont afférées de part et d’autre de la maison. La femme de ménage, un jardinier, Axel qui passait de temps à autre ainsi que Joséphine. J’en ai également profité pour monter ma valise dans la chambre et enfin m’habiller avec mes propres vêtements. Porter mes habits me donnent un sentiment de sécurité, comme une impression de me retrouver enfin avec moi-même.

Je prépare la table pour le diner. Hier, elle est rentrée vers 21h mais je préfère quand même m’y prendre un peu plus tôt. Je n’ai pas l’habitude que le repas soit prêt. Depuis mes 14 ans, je me prépare à manger et j’avoue que les repas de Joséphine sont très bons, digne d’un restaurant. Je dispose les couverts et assiettes sur la table de la cuisine ainsi que deux verres dont un à pied pour Elise. Je me sers un verre d’eau et m’assois sur l’une des chaises. Les minutes passent, défilent une à une et, un coup d’œil à l’horloge de la cuisine m’indique 20h20. Je commence à avoir très faim, mon ventre grogne. Que dois-je faire ? Est-ce que je peux manger sans elle ou dois-je l’attendre ?

  • Ah !!! je souffle

Je repousse l’assiette devant moi et viens poser ma tête sur la table, pliant un de mes bras en dessous.

C’est un léger frisson qui me réveille. Mes yeux endormis aperçoivent une main caressant mes cheveux. Je me redresse trop rapidement, bousculant la chaise sur le côté et je manque de tomber si elle ne m’avait pas rattrapé. Ma tête contre sa poitrine, je réalise après de longues secondes qu’il me faut me dégager d’elle.

  • Désolée, dis-je tout en reculant

Elle regarde la table.

  • Tu n’as pas mangé ?
  • Non… je vous attendais.

J’ai l’impression de distinguer de la gêne mais cela est de courte durée car elle enchaine :

  • Tu n’aurais pas dû, j’avais un repas d’affaire. En parlant de ça, vendredi en 15 j’ai de nouveau un repas.

Elle regarde à nouveau la table. Elle prend une assiette puis ouvre le frigo et y sort les contenant de nourriture. Une fois réchauffée, elle dépose cela à table et me fait signe de m’installer.

  • Tu devrais manger.

La faim m’est passée depuis un moment mais l’odeur du plat réveille mes papilles et c’est avec entrain que je commence à manger.

Elise en profite pour se servir un verre et s’asseoir également. Elle m’observe sans un mot et je me demande ce à quoi elle pense. Je suis encore gênée face à elle n’osant vraiment la regarder mais je n’y peux rien, elle m’impressionne et je n’arrive pas à être moi-même.

  • Ecoute, me dit-elle avec un soupçon de fatigue dans la voix. Je…je monte me changer.

Elle se lève sans attendre une réponse de ma part et je la regarde sortir de la cuisine.

Je ne suis peut-être pas la seule à me sentir mal à l’aise. Il faut dire que je ne lui arrange pas la tâche en restant muette.

Lorsque je monte dans la chambre, cette dernière est vide. Un coup d’œil dans le couloir m’indique que son bureau est allumé. Elle a l’air d’être une acharnée du travail. Ce n’est que plus tard qu’elle me rejoint au lit ou comme à mon habitude je fais semblant de dormir. Et je la sens venir se coller à moi doucement, son bras froid me donnant la chair de poule lorsque ce dernier se glisse le long de mes côtes pour venir m’enlacer.

Chapitre 6 : ELISE

Cela va faire une semaine que Jordane est à la maison. Les jours passent et malgré tout rien n’évolue. Elle n’ose me regarder, elle n’ose me parler. Ses actes sont distants. Il n’y a presque aucune interaction entre nous si ce n’est pas moi qui fait le premier pas. Cela en devient pesant.

Nous sommes vendredi et dans un dernier geste de bonté, voulant essayer une dernière fois de casser cette barrière qui nous éloigne, je décide de partir plus tôt du travail pour diner avec elle. Sur le chemin, je m’arrête récupérer des sushis commandés au préalable. J’espère que cette attention lui fera plaisir. J’avais cru comprendre en parlant avec Joséphine qu’elle en raffolait.

Il est 19h30 lorsque je rentre enfin chez moi et cela doit faire des années que ça ne m’est arrivée. Intérieurement, je suis assez contente de prendre ce temps même si je sais que le travail devra être réalisé plus tard. Je dépose mes affaires dans l’entrée et entend au loin une discussion suivie de rires. L’un de ces rires est reconnaissable entre mille car il s’agit d’Annabelle, ma petite voisine de quartier que je connais depuis des années. Mais le second me laisse perplexe. Je me doute de qui il s’agit mais l’agacement que je ressens à ce moment-là me frappe de plein fouet. Ce n’est qu’en pénétrant dans la cuisine que mon humeur change brutalement. Les deux jeunes filles sont à table, jouant tranquillement aux cartes tout en mangeant du chocolat.

Ma première pensée est qu’elles ont déjà mangé ce qui m’agace un peu. Connaissant Annabelle, elle ne se permet le dessert qu’au moment du dessert. Ma seconde pensée, qui prend le dessus sur toute ma bonne humeur, me confirme bien que Jordane sait parler et rire mais… pas avec moi. Voir sa réaction lorsqu’elle m’aperçoit me conforte davantage dans l’opinion qu’elle doit avoir de moi. D’un sourire radieux, elle se ferme comme une huitre laissant perplexe Annabelle. Cette dernière ne manquant pas une minute pour venir me saluer en accourant vers moi puis en m’étreignant fortement.

  • Ça va voisine ? ajoute-t-elle en reculant et sans attendre ma réponse enchaine : tu m’avais caché pour Jordane ? Tu aurais pu me le dire, tu sais que ça fait des années que j’attends d’avoir une copine de mon âge par ici, je suis entourée que de vieux et…

Mon regard noir la fait reprendre

  • Enfin sauf toi, tu le sais tu es différente…moins vieille, ajoute-t-elle plus bas.

Je lève les yeux au ciel et déballe les paquets de sushis sur le comptoir.

  • Ah mince, on a déjà mangé, continue cette dernière en examinant les boites du bout des doigts.

Merci mais j’avais deviné. Je commence à les ranger dans le frigo lorsqu’elle reprend :

  • C’est dommage, tu aurais dû prévenir on t’aurait attendu.

J’ai l’impression de recevoir un coup de massue derrière la tête. Je continue de ranger sans dire un mot puis avec un sourire qui se veut sympathique mais qui ne l’ai pas leur dis :

  • Je monte

Je prends la direction des escaliers en évitant d’écouter ce qui se dit de peur d’exploser.

Je mérite surement tout ça. Toutes les fois où je suis rentrée tard du travail, elle patientait à chaque fois. Ce n’est pas tant qu’elles aient mangé qui m’agace. Je lui avais dit la dernière fois de ne plus m’attendre alors elle a eu raison. Ni le fait que je me sois encore ridiculisée en essayant de réduire la distance entre nous mais plutôt, le fait qu’elle s’ouvre à d’autres et pas à moi. C’est ce comportement-là qui me blesse à cet instant.

A croire qu’être gentille n’amène à rien. Très bien, alors changeons de stratégie.

Je redescends tranquillement après m’être mise plus à l’aise et les entends parler à voix basse.

  • Tu crois qu’elle nous en veut ? demande Jordane
  • Mais non, je la connais depuis longtemps, te n’inquiète pas. Elle doit fatiguée à cause du boulot. C’est une alcoolique du travail, tu n’avais pas remarqué ?
  • Si mais…
  • Alors comme ça on parle de moi dans mon dos ? dis-je en pénétrant dans la cuisine.

J’attrape une boite de sushis dans le frigo que je viens poser sur la table ainsi que la bouteille de rouge. Les deux jeunes filles me regardent m’installer. Je prends place à côté de Jordane puis je me sers à boire et avant que je ne monte ce dernier à ma bouche, j’annonce :

  • Allez-y continuer, faites comme si je n’étais pas là !

Je bois une gorgée en entendant Annabelle rigoler et Jordane se réinstaller correctement sur la chaise.

  • Alors ?

J’ouvre la boite et commence à manger.

Je regarde Jordane à ma droite, levant les sourcils en attendant une réponse de sa part mais ce n’est sans compter l’éloquence d’Annabelle qui vient la sauver ou pas.

  • Bon je pense que je vais vous laisser !

Jordane tourne la tête plus vite que prévu, légèrement paniquée j’imagine. A-t-elle peur de représailles ? Pendant ce temps-là je continue de manger.

  • Ne sois pas si pressée, lui dis-je. Je n’ai pas fini de manger, tu peux rester encore quelques minutes.

Annabelle repose ses fesses sur la chaise avec une totale nonchalance laissant sortir un long soupir.

  • T’es pas rigolote ce soir ? dit-elle en faisant mine de bouder.

Finissant d’avaler, je lui réponds :

  • Pourquoi ? D’habitude je le suis ?
  • Non pas plus mais tu es plus sympa, plus cool. T’es fatiguée ? Tu as tes règles ?

Sa dernière remarque me fait rire. Je bois un coup et répond :

  • Non pas que je sache.
  • Alors quoi ? Pourquoi tu es comme ça ?
  • Comment ?
  • Ne fais pas l’innocente je te connais et tu n’es pas comme d’habitude. C’est parce que l’on ne t’a pas attendu pour manger ?
  • Ça serait puéril non ?

Mon regard fixe la fait plisser des yeux comme si elle scrutait si je dis vrai ou faux.

  • Oui, je sais bien que ce n’est pas ça…

Elle chiffonne ses cheveux cherchant autre chose, puis redressant la tête brutalement fais face à Jordane

  • Jordane, aide moi. Tu dois commencer à la connaitre non ? Dis quelque chose ?

Oui Jordane dit quelque chose pour une fois.

Je la regarde avec un léger sourire de côté ne manquant pas une miette de ce qu’il va se passer. Et sans surprise, rien !

  • Ah je sais ! crie Annabelle

J’attends patiemment la suite qui risque de me faire rire à coup sûr.

  • C’est parce que tu n’as pas eu ton bisou ?

Je pouffe de rire et rigole de plus belle laissant les deux sans voix et interloquées face à ma réaction.

Je m’essuie la bouche avec le mouchoir devant moi, je lance un petit regard à Jordane et lui tends ma joue en tapotant de mon index pour lui dire de venir poser ses lèvres sur cette dernière.

Je la vois déglutir, feindre un petit sourire gêné puis s’approcher doucement de moi et sentir un léger baiser sur ma joue.

A peine le bisou finit qu’un grand souffle surgit.

  • Pfff franchement si c’était juste ça, c’est nul…je m’attendais à mieux dit Annabelle en reprenant place sur le siège.

La petite coquine s’est en fait approchée pour voir l’acte de plus près. Si elle veut du spectacle, elle aurait dû le dire avant.

  • Oui moi aussi, dis-je en tournant vers Jordane

Et sans plus attendre, je place ma main derrière sa tête puis approche rapidement mes lèvres des siennes. Décontenancée, elle ne bouge pas ni me repousse. Ses lèvres sont douces et chaudes comme je l’imaginais. Quelques secondes plus tard, je me retire fixant ses yeux bleus. J’aimerai lire dans ses pensées. Je caresse sa joue de mon pouce le temps d’un instant puis retourne à mon verre de vin.

  • Humm, moi aussi je veux une copine, annonce Annabelle, sa tête posée sur ses deux mains

Du coin de l’œil, je vois Jordane remettre une mèche de ses cheveux derrière son oreille par nervosité.

  • Copine ?
  • Oui enfin non un copain, ma langue a fourché.
  • Ou pas, dis-je en me levant et débarrassant mon repas.

Pourquoi je me sens mal tout d’un coup ?

Je fais couler l’eau du robinet tout en commençant à nettoyer mes affaires toujours songeuse.

Je n’aurais pas dû l’embrasser. Qu’est-ce qui m’a pris ? A quoi j’ai pensé en imaginant que ça allait nous rapprocher. Comme si la forcer allait arranger les choses. Je m’étais pourtant dis de ne rien faire sans son consentement.

  • Elise ? …Elise ?
  • Hein ? Oui ? Qu’est-ce qu’il y a Annabelle ?
  • Tu saignes ?
  • Quoi ?

Elle me montre de loin ma main.

Je n’ai pas fait attention et j’ai dû casser le verre en le lavant. J’attrape le torchon à côté de moi et entoure ma paume tout en la compressant.

  • Ah ce n’est rien !
  • Je ne supporte pas la vue du sang, dit Annabelle et prenant ses affaires. Jordane je te la confie d’accord. Moi rien que d’imaginer ça, ça me fait des hauts le cœur. Tu me n’en veux pas mais …Jordane tu m’envoies un message pour me dire si tout va bien hein ?!

Elle fait une drôle de tête.

  • Oui à plus tard

Elle s’éclipse nous laissant toutes les deux dans la cuisine face à face.

 

 

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Chapitre 7 : JORDANE

Je n’arrive pas encore à réaliser ce qu’il vient de se passer et suis sortie de mes pensées par l’appel d’Annabelle vers Elise. Instinctivement, je me lève et aperçois du sang. Annabelle se dérobe si facilement de la situation que je reste perplexe face à elle.

Pour la première fois, je la regarde droit dans les yeux. D’un noir intense, ils n’ont pas l’air si agressifs que ça quand on s’y attarde. J’ai l’impression qu’elle essaye de me faire comprendre quelque chose. Son expression, son attente, son regard dégage un je ne sais quoi que je n’arrive pas à déchiffrer.

Le contact rompt lorsqu’elle serre le torchon la faisant grimacer. Sans un mot elle part de la pièce. Je me retrouve encore seule. Devrais-je la suivre et lui apporter mon aide ? Je m’approche de l’évier et constate que le verre cassé est entaché de sang. Ma tête en direction de la porte de la cuisine, je compatis intérieurement à la douleur qu’elle doit ressentir à cet instant. J’enlève les bris de verre et les dépose dans une assiette puis nettoie l’évier.

Elle m’a embrassée. Mes doigts se portent sur mes lèvres en repensant au baiser. C’était doux et chaud. Je ferme les yeux tout en secouant la tête pour penser à autre chose.

Je décide de monter la rejoindre. La porte de la chambre est ouverte et j’aperçois de la lumière dans la salle de bain. Arrivée à l’embrasure de la porte, je vois les cotons rouges. Je m’approche et lui saisis la main. Son regard plonge instantanément dans le mien. J’essaye de ne pas trop y porter attention car cela me rappelle davantage le baiser. J’attrape le désinfectant sur le côté et appuie deux fois de façon successive. J’essuie délicatement les contours de la blessure soufflant dessus légèrement puis saisie la boite de pansement qu’elle avait préalablement déposer sur le lavabo et en sort un. La plaie se trouve entre l’index et le pouce en descendant vers la paume. Je tourne sa main dans un sens puis dans un autre pour trouver le meilleur angle afin de lui apposer le pansement. Posant sa main côté revers sur mon genou, j’enlève les protections du pansement et viens le placer délicatement. Je fouille dans la boite à pharmacie pour trouver un bout de sparadrap ou du scotch médical. Trouvant mon bonheur, je le rajoute par-dessus.

Je tiens toujours sa main pour voir si tout est bien positionné et relève la tête.

Encore ce regard.

  • Merci, me dit-elle d’une voix qui se veut douce.

Elle se lève, range les affaires puis se dirige vers la porte ou elle marque un arrêt. Sans se retourner mais en tournant légèrement la tête m’annonce :

  • Je dois encore travailler

Je comprends à cela qu’elle va dans son bureau comme tous les soirs de la semaine.

Ma bouche s’ouvre comme pour lui répondre quelque chose mais les mots restent bloqués dans ma gorge. Pourquoi je n’arrive pas à lui adresser la parole ? Elle m’a pourtant prouvé depuis mon arrivée qu’elle n’était pas comme ces hommes. Sous son air de fausse dur, elle a toujours eu un geste gentil envers moi. Ce soir encore, les sushis qu’elle a ramenés, je suis sûre qu’elle savait que j’adorais ça. Joséphine m’avait tellement posé de questions la veille, je me suis doutée que cela n’était pas anodin. Et pourtant, chaque jour je reste muette, silencieuse en sa présence.

Décidée, je me lève et vais en direction de son bureau. Face à la porte, je lève mon poing pour frapper mais au dernier moment je stoppe. Je manque réellement de courage. Je baisse la tête honteuse et m’en retourne.

Ce soir-là, Elise ne prend pas place dans mon dos comme elle le fait d’habitude. Elle s’est allongée dans le lit discrètement et est restée à sa place.

Ce soir-là, j’ai du mal à m’endormir.

**********

 

Et c’est peu dire, car je n’ai presque pas fermé l’œil de la nuit. J’ai réfléchi à beaucoup de choses, repenser à ce qui m’a amené ici, pourquoi j’ai fait ce choix et la chance d’être tombé sur elle. Lorsque l’aube commence à faire irruption, la pièce s’éclaire doucement et la lumière caresse le visage d’Elise. Tournée de son côté, j’en profite pour l’examiner durant son sommeil.

Les traits de son visage sont fins. Ses cils sont plutôt longs avec des yeux en amandes. Ses cheveux bruns tombent sur le côté, une mèche recouvrant une partie de son visage. D’une main tremblante, je viens écarter cette dernière en essayant de ne pas la réveiller. Je continue de parcourir chaque trait de son visage jusqu’à tomber sur ses lèvres. Ces mêmes lèvres qui ont caressé les miennes hier soir. Légèrement charnues et d’un rose rouge, je reste bloquée sur elles quelques secondes. Je viens mettre une main sous mon visage et positionnée de côté mon regard se plante sur ses contours puis doucement mes paupières viennent à fermer.

Je me réveille brutalement après un cauchemar qui avait l’air si réaliste. Apeurée, perdue, j’ai un semblant de pleure en moi. Je me lève rapidement et prend la direction du rez-de-chaussée. Je manque de tomber en descendant les escaliers. Arrivée à la dernière marche, la main toujours sur la balustrade, Elise se tient face à moi.

 

Chapitre 8 : ELISE

Pleure-t-elle à cause de moi ?

Ressaisis-toi Elise, ce n’est pas un baiser qui la rend dans cet état quand même.

  • J’ai fait un cauchemar

Elle prend la parole pour la première fois depuis son arrivée. Je redresse la tête pour ne rien laisser transparaitre de mon étonnement.

  • Le petit déjeuner est prêt si tu as faim…

Un cauchemar ? C’est certainement ma faute. Elle me suit dans la cuisine et commence à s’installer à table. Je la vois se frotter les yeux lorsque je dépose les pancakes. Elle regarde par-dessus mon épaule et demande :

  • Joséphine n’est pas là ?

Quel revirement de situation, elle n’a jamais été si loquace. Devrais-je m’en réjouir ou me demander ce qu’il s’est passé ?

  • Non elle ne vient jamais les week-ends, personne n’est là le week-end. Que veux-tu boire ?

Elle commence à ouvrir la bouche, mordille sa lèvre inférieure et se lève.

  • Je vais le faire !

Elle se lève et va en direction de la bouilloire. Elle s’est exactement où se trouve les choses. J’imagine qu’elle a dû passer beaucoup de temps avec Joséphine dans la cuisine.

  • Et vous, que voulez-vous boire ?
  • Tu pourrais me tutoyer, dis-je en prenant place sur la chaise, je prendrais…
  • Que veux-tu boire ?

Ce tutoiement débloque quelque chose en moi. Je déglutis puis répond :

  • Un thé, comme toi.

Quelques minutes passent, le grondement de la bouilloire agissant. Elle dépose les deux tasses et s’installe face à moi. Ses mains jointes contre le contenant chaud, elle souffle dessus dispersant la vapeur autour de son visage. Le temps passe dans un silence profond.

  • Tu n’as pas faim ? demandais-je en montrant les pancakes
  • Hein ? Si, merci.

Elle attrape la petite crêpe qu’elle porte à sa bouche. Je la regarde mâcher tout en buvant mon thé.

  • Est-ce que…tu pars travailler aujourd’hui ? elle essuie le bord de sa bouche du revers de sa main et me regarde timidement.

Je me demande vraiment ce qu’il s’est passé pour qu’elle m’adresse autant la parole. Je suis vraiment ravie de ce changement de situation. Est-ce que le baiser d’hier lui aurait plu ? Elle aimerait peut-être recommencer ? Pfff ne te fais pas de film Elise. On n’est pas dans une série romantique.

  • Oui j’ai un dossier à finir, je travaillerai de la maison.
  • Ah d’accord

Elle croque de nouveau dans son pancake le regard vers le bas.

  • Mais si tu veux…

Sa tête se lève précipitamment.

  • Ce midi, on peut aller déjeuner dehors ?

Un sourire s’étire sur ses lèvres doucement et elle hoche de la tête pour acquiescer puis se remet à croquer dans la petite crêpe.

Mignonne, pensais-je. J’esquisse un petit sourire puis reprend constance ne voulant pas trop montrer mon contentement.

 

Ce midi-là, nous sommes allées déjeuner dans une brasserie au centre-ville réputée pour ses desserts. Le repas fut très agréable. Nous avons pas mal discuté. J’apprends qu’elle est étudiante à la faculté de droit, ce qui m’étonne sur le moment car je ne comprends toujours pas sa décision mais je mets ma curiosité de côté et je lui propose de continuer ses études. Nous sommes en période estivale, la fac doit reprendre prochainement et il serait dommage qu’à son âge, elle n’aille pas au bout de sa formation. Elle est surprise de ma démarche mais j’ai l’impression qu’elle est très heureuse au vu du sourire qu’elle m’adresse.

Nous passons l’après-midi à nous promener dans un parc avoisinant, assez ombragé, ce qui est très agréable avec la chaleur du moment. J’en découvre un peu plus sur elle, sur son caractère, ses petites manières, son côté enfantin qui s’avère très mignon. Cela fait si longtemps que je n’ai passé une journée si apaisante que j’en oublie presque mon passé et mon quotidien. Ce rapprochement soudain me donne l’envie de lui saisir la main ou de la prendre dans mes bras. Mais ça ne reste qu’une envie qui s’efface pour ne pas la brusquer. Je me remémore le baiser de la veille.

Une bourrasque me sort de ma rêverie. Jordane, la tête penchée vers l’avant, tient son œil droit dans sa paume. Je m’approche d’elle et saisit son visage entre mes mains. Je viens écarter son œil de mon pouce et index. Je regarde méticuleusement, fermant sa paupière, je la masse quelques secondes puis ré-ouvre son œil. Je me rapproche davantage pour venir souffler et reprenant ma distance demande :

  • Ça va mieux ?

Elle clignote des paupières.

  • Oui merci

Mes mains toujours sur son visage, mes yeux plongent dans les siens. Inconsciemment j’humidifie mes lèvres, prête à faire quelque chose que je risque de regretter par la suite. Les pleures d’un enfant me ramènent à la réalité. Je m’écarte d’elle en essayant de ne pas montrer ma gêne.

  • On rentre ?

Je réajuste mes vêtements sans pour autant attendre réellement une réponse de sa part. Je commence à partir devant et la sens sur mes talons.

Chapitre 9 : JORDANE

Cela fait presque un mois que je suis ici et étonnamment je commence à me sentir à l’aise avec Elise. Je n’aurai pas cru pouvoir dire ça mais j’aime être avec elle. Ces derniers temps, elle rentre plus tôt du travail alors nous pouvons partager le diner ensemble. Ils nous arrivent de rigoler. J’apprécie quand elle lâche sa garde, lorsque son armure lui échappe ne serait-ce que pour quelques minutes. J’ai lors de ces moment-là une femme tout à fait différente, humaine, heureuse, gentille et touchante. C’est tout cela qui me fait l’apprécier au fil du temps. Elle ne m’a pas embrassé depuis mais a repris sa place dans mon dos et là encore, je m’étonne car sans sa présence j’ai du mal à m’endormir. J’ai dû m’y habituer avec le temps mais en même temps j’aime sentir son corps chaud contre moi, la douceur de sa main qui remonte le long de mes côtes pour venir se placer sur mon ventre. Je ne me suis jamais posée la question de ma sexualité et je ne sais pas si ce que je ressens lorsqu’elle est proche de moi est de l’attirance mais parfois j’aimerai qu’elle repose ses lèvres sur les miennes.

Ah !!! ma tête va exploser à force de penser à tout ça.

Je finis de me laver avant d’aller mettre la table pour le diner. Je pose à peine mes pieds sur le tapis de salle de bain que je vois la porte s’ouvrir. Elise, en sous-vêtements, est postée à l’entrée le regard noir. Sa bouche s’entre-ouvre légèrement et son regard commence à me transpercer. Je sens ses yeux me scruter de haut en bas dessinant chaque courbe de mon corps. Sa posture elle-même change. Je vois sa poitrine se lever comme si elle haletait. De mon côté, je suis en arrêt sur image. D’une part, parce qu’elle est en petite tenue devant moi, je ne l’avais jamais vu comme ça. Je peux dire qu’elle n’a pas besoin d’envier son corps à qui que ce soit. Je n’ose m’attarder sur ses formes alors je regarde partout dans la pièce. D’autre part, je suis bien trop gênée pour faire un mouvement. C’est elle qui fait le premier pas vers moi avançant dangereusement. Je n’arrive pas à me contrôler et recule jusqu’à toucher mon dos au mur ne laissant aucun échappatoire à son regard brulant. Elle n’est qu’à vingt centimètres de moi et d’où je suis, je sens son désir tellement fort que je me vois mal lui résister. J’ai peur mais pas de la façon habituelle. C’est plus de l’appréhension que de la crainte. Son regard parcourt ma bouche puis ma poitrine et à nouveau ma bouche. Une de ses mains se lèvent. Je tourne la tête sur le côté fermant les yeux. Je frissonne, imaginant qu’elle va poser sa main sur mon corps nu et suis surprise de sentir la serviette m’envelopper.

  • Couvre-toi sinon j’ai peur de ce que je pourrais te faire…

Elle fait demi-tour et me laisse seule avec mes interrogations.

Je recouvre mon corps de la serviette, pose une main sur mon cœur. Ce dernier ne ment pas. Je secoue la tête dans tous les sens. Ressaisis toi Jordane, qu’est-ce qui t’arrive ? Et si j’allais la retrouver là, maintenant et que je me donnais à elle. Elle aurait enfin ce pourquoi elle m’a amené ici et moi j’aurai quoi ? Est-ce que c’est vraiment ce que je veux ? Mon cœur me dit que oui mais ma tête réfléchit trop.

Lorsque je sors de la salle de bain elle n’est plus dans la chambre. Je me remémore sa silhouette en petite tenue. C’est la première fois que je la vois si peu habillée. Lorsque nous dormons je sais qu’elle est très peu vêtue également mais comme je suis toujours la première au lit et la dernière debout, je n’imaginais pas qu’elle était comme ça. Je l’ai deviné de par ses formes dans ses vêtements mais le deviner et le voir sont deux choses bien distinctes.

Je m’active en cuisine attendant qu’elle me rejoigne. Lorsqu’Elise fait son entrée, la première image qui me revient en tête est celle de la salle bain. Je continue ce que je fais mais à chacun de mes regards sur elle je la vois dénudée. J’ai l’impression d’être la seule perturbée par ce qui vient de se passer. Elle doit avoir l’habitude de voir des femmes nues mais moi non. A mon arrivée, elle n’avait rien laissé transparaitre lorsqu’elle m’avait demandé de me déshabiller et là encore elle reste impassible. Je sens la chaleur envahir mon corps lorsqu’elle passe derrière moi pour attraper l’eau. Je secoue une main devant moi pour faire un peu d’air car j’ai l’impression que mon corps brule tant la chaleur monte à mes joues.

Elise se poste à côté de moi, penche la tête pour me regarder et pose le dos de sa main sur mon front pour prendre ma température.

  • Tu es malade ?
  • Moi ?! non pas du tout c’est juste qu’il fait chaud…c’est l’été..

Je rigole nerveusement et allant à table me sers un verre d’eau que j’avale d’un trait. Je la vois plisser des yeux puis s’approcher à nouveau de moi.

Lorsqu’elle lève encore sa main je la saisis pour l’en empêcher enfermant cette dernière entre les deux miennes. Surprise, elle reste immobile devant moi, seule ses yeux questionnent.

  • J’ai juste un peu chaud, dis-je d’une voix plus fluette

C’est une voix suave qui me répond.

  • D’accord

Mon pouce caresse nerveusement sa main douce et le peu de distance qui nous sépare fait battre davantage mon cœur. L’odeur de son shampoing me monte au nez. Une odeur sucrée qui me donne encore plus de palpitations. Mes yeux se posent un peu partout sur son visage et inconsciemment je mordille ma lèvre inférieure lorsque mon regard se plante sur les siennes. A cet instant, je comprends que j’ai vraiment envie de l’embrasser. Je ne bouge pas lorsque son autre main vient remettre une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille. Elle l’a fait glisser le long de ma mâchoire et son pouce en profite pour venir caresser ma lèvre mordillée. Je ressens son désir, je sais très bien qu’elle en a très envie. Son regard est d’un noir si brulant que je me sens frémir à ses côtés. Ses doigts descendent le long de mon cou laissant derrière eux une sensation de vide. Je la tire légèrement vers moi, sa main toujours dans les miennes, elle fait le pas qui casse réellement la distance, permettant à nos corps de se toucher. Le gonflement de sa poitrine contre la mienne fait monter un désir que je n’avais encore jamais ressenti. Frissonnant de tout mon être, j’ai pourtant la sensation d’être brulante. Sa bouche légèrement ouverte, je peux sentir son souffle au fur et à mesure que ma tête se rapproche d’elle. Je ne suis qu’à quelques millimètres de ce bonbon rose. Mes yeux se ferment doucement à l’approche de ce contact que j’initie lorsque la sonnette retentit.

Ma tête recul brusquement, ouvrant les yeux si grands me demandant si c’est un rêve ou la réalité. Je clignote plusieurs fois des yeux regardant Elise avec interrogation.

  • Je…je vais aller….

Je relâche sa main emprisonnée depuis quelques minutes puis m’écarte d’elle doucement. Son air déçu me pince le cœur car moi aussi je le suis. Mais est-ce un coup du sort que la sonnette retentisse à l’instant même où nous allions nous embrasser ?

Je m’éloigne d’elle en direction de la porte d’entrée lorsqu’elle m’interpelle :

  • Jordane ?
  • Oui ?
  • Reviens vite…

Elle m’adresse un sourire charmant que je lui retourne.

C’est le sourire aux lèvres que j’ouvre la porte trouvant devant moi une femme aux cheveux noirs au carré.

  • Bonsoir ?

Elle ne répond rien, redressant sa tête puis me dévisageant de haut en bas.

Pourquoi cette façon d’agir me rappelle quelque chose de familier ? Elle étire un sourire sûre d’elle avec un je ne sais quoi dans les yeux.

  • Bonsoir, répond-elle en avançant puis pousse la porte pour entrer. Ma femme est là ?

Femme !

  • Votre femme ?

Je me décale sur le côté la laissant pénétrer dans la pièce ne comprenant pas sa demande.

Elle examine la pièce quelques secondes, me fait face et ajoute :

  • Oui Elise, ma femme !

Quoi !

  • Jordane, tu en mets du…

Elise s’arrête net lorsqu’elle aperçoit la femme. Je les regarde une à une essayant d’intégrer ce qu’il se passe. La femme arbore un sourire que je pourrais qualifier de maléfique face à Elise qui se décompose.

  • Marie ? Que fais-tu là ?
  • Chérie…c’est comme ça que tu m’accueilles ? je suis contente de te voir aussi.

 

Chapitre 10 : ELISE

 

Mon cœur qui tambourinait il y a quelques secondes à l’approche de ce baiser frappe plus fort à la vue de Marie. Pourquoi est-elle là ? Que vient-elle faire ?

La première chose qui me vient en tête à ce moment-là c’est Jordane. Elle ne doit pas rester ici.

Je me rapproche rapidement d’elle et saisis sa main.

Jordane a l’ai décontenancé par ce qu’il se passe et je la comprends. Elle doit être perdue.

  • Jordane ?...Jordane ?

Lorsque ses yeux se posent enfin sur moi je lui dis doucement :

  • Monte s’il te plait, va dans la chambre et ferme la porte.
  • Hein ?
  • Va dans la chambre…

Elle a l’air totalement perdu. Je la regarde s’éloigner doucement.

  • Mignonne
  • Arrête ça de suite Marie !
  • Quoi ? On ne peut plus faire de compliments ?
  • Que viens-tu faire ici ?

Elle commence à avancer dans le salon et va prendre place sur le canapé tout en déposant son sac à main à côté d’elle.

  • J’étais dans les parages alors j’ai eu envie de venir te voir…

Elle croise les jambes et étale ses bras de part et d’autre du sofa.

  • Et puis…je suis encore ici chez moi…
  • On s’était mises d’accord là-dessus !
  • Oui oui je sais

Elle lève une main pour signaler qu’elle est bien au courant de cela.

  • Néanmoins, j’ai retrouvé ça dans mes papiers.

Elle sort quelques feuilles de son sac

  • Je me suis dit que tu aimerais que je te les donne.

Elle me tend les feuilles. J’approche pour les saisir et reconnais de suite de quoi il s’agit. Les papiers du divorce. Je parcours la dernière page pour y voir sa signature mais rien. Mon cœur qui s’emballait, qui espérait est déçu encore une fois.

  • Tu ne les as pas signés ?!

Elle se redresse sur le canapé et fait celle étonnée.

  • Ah bon, je pensais avoir tout rempli pourtant…

Son petit air cynique je ne le connais que trop bien. Elle fait exactement ce qu’elle veut et j’ai peur du jeu qui va suivre.

Je déglutis péniblement me remémorant des images du passé.

  • Que veux-tu ?
  • Moi ? dit-elle en posant une main sur son cœur.

Elle se lève et vient prendre place face à moi. De tailles égales, je scrute ses yeux espérant trouver une faille mais comme à son habitude elle ne laisse rien transparaitre mais je n’aime pas voir ce petit scintillement dans son regard. Cela ne présage rien de bon.

Elle s’approche de moi pour venir me murmurer :

  • Ce que j’ai toujours voulu chérie

Sa tête reste proche de la mienne et je devine qu’elle respire à plein poumons mon odeur entre mes cheveux et mon cou.

  • D’ici là, je pense élire domicile ici. D’après ce que j’ai vu, je vais prendre la chambre d’amis à moins que…
  • Jamais je ne…
  • Elise ! me coupe-t-elle. Ne jamais dire jamais…tu le sais bien non ?

Son sourire qui en dit long me laisse sans voix. Les souvenirs, les traces, les odeurs, la douleur…tout remonte en moi et je n’arrive plus à bouger. Mon cœur se sent oppressé, j’ai dû mal à respirer.

Lorsque je remonte dans la chambre, j’ai l’impression qu’une éternité vient de passer. Jordane est assise sur le lit et se lève lorsqu’elle m’aperçoit.

  • Tu es mariée ?

Je m’attendais à cette question.

  • Hum…non enfin oui mais…

J’inspire et expire quelques secondes avant de reprendre.

  • C’est compliqué

Je me rapproche d’elle et lui prend la main.

  • Ne reste jamais seule avec elle, jamais, tu m’entends ?

Je sens de l’agacement dans son comportement.

  • Ecoute moi s’il te plait, ne reste jamais seule avec elle, d’accord ? Si ça arrive, pars de la maison ok ?

Elle dégage sa main et va s’installer dans le lit en colère. Je peux comprendre son comportement et j’aimerai lui expliquer ce qu’il en est mais je suis plus préoccupée par le retour de Marie dans la maison.

Je ne trouve pas le sommeil tant de questions se bousculent dans ma tête. J’imagine des plans, des actions. Quoi faire ?  J’aimerai qu’elle signe les papiers du divorce et enfin être débarrassée d’elle pour toujour.

Je suis assise sur le fauteuil dans la chambre. Mon regard porté sur Jordane qui dort paisiblement on dirait. J’ai peur de ce qu’il peut se passer. Pour la première fois depuis longtemps j’ai à nouveau peur.

**********

Le matin arrive plus vite que prévu. Je n’ai pas dormi de la nuit. Lorsque je descends, Joséphine est déjà là et me gratifie d’un sourire maternelle lorsqu’elle me voit. Il me faut lui annoncer la nouvelle mais à nouveau, j’ai crainte de tout ce qui va suivre.

  • Un petit thé Elise ?

Elle attrape une tasse dans le placard et commence à verser l’eau.

  • Marie est de retour.

Joséphine arrête net ce qu’elle fait se retournant si vite avec un air sur le visage que je reconnais.

  • Elle….elle va passer quelques jours ici alors…si Jordane…

J’ai dû mal à faire une phrase entière. Je sens les larmes me monter aux yeux. Je déglutis plusieurs fois de façon consécutive afin de les réprimer.

  • Je rentrerai tôt ce soir.
  • Ne vous inquiétez pas Elise, je garderai un œil sur elle
  • Merci

Je lui adresse un timide sourire puis pars.

**********

Un regard à ma montre m’indique 17h. C’est l’heure à laquelle Joséphine quitte la maison et je suis encore dans les embouteillages.

  • Axel ?
  • Oui madame ?
  • Ne peut-on pas aller plus vite ? Ou un autre chemin ?
  • Non madame.

Je ne cesse de regarder l’heure et mes pensées ne sont axées que sur Jordane. J’espère qu’elle a compris ce que je lui ai dit hier et qu’elle va m’écouter.

Lorsque la voiture arrive devant la maison, je me précipite à l’intérieur. Un regard dans le salon, personne. Dans la cuisine, personne. Dans la chambre, personne. Je redescends songeuse. Elle a dû partir de la maison comme je lui ai dit, je suis soulagée dans un sens. Un bruit venant de dehors m’interpelle. Je me dirige vers la terrasse et suis surprise de trouver sur les transats Marie et Jordane en train de bavarder.

Mon sang ne fait qu’un tour. De colère je me dirige vers elles, attrape la main de Jordane et la tire dans la maison.

  • Pourquoi tu es encore là ? Je t’ai pourtant dit de ne pas rester seule avec elle !
  • Pourquoi ? Tout va bien. Joséphine vient à peine de partir et…
  • Ce n’est pas la question !

Je fais quelque pas dans la pièce et reprends d’une voix plus calme.

  • J’aimerai que tu écoutes ce que je te dis, ne reste jamais seule avec elle d’accord ?
  • Pourquoi ?

J’ai l’impression qu’elle me défie, comme si elle m’en voulait de quelque chose.

  • Parce que c’est dans le contrat, ne l’oublie pas !

Je ne voulais pas en arriver là mais je cherche avant tout à la protéger.

Son regard change totalement devenant sombre.

  • Monte dans la chambre je te rejoins.

Elle exécute sans un mot, son corps parlant pour elle. Je frotte mon visage de mes deux mains et baisse la tête.

Chapitre 11 : JORDANE

Je réalise que tous ces derniers jours ensemble ne voulait rien dire pour elle. Elle m’a bien remis à ma place. Le contrat…je ne l’ai pas oublié qu’elle se rassure mais je pensais que notre relation avait évolué différemment ces derniers temps. Je me suis bien trompée. Je pousse un souffle nerveux confirmant ma bêtise d’avoir cru autre chose. J’ai bien compris ma place, celle d’un jouet, peu importe… pour elle je ne suis rien d’autre. Les larmes me montent aux yeux d’avoir vraiment cru autre chose. Je me sens tellement bête. Ne pas rester seule avec sa femme, que va-t-elle me faire ? Elle n’a pas l’air si méchante que ça de ce que j’ai vu. Et elle aurait le droit de m’en vouloir car c’est moi qui partage le lit d’Elise et non elle. D’ailleurs pourquoi ne sont-elles pas ensemble ?

Je commence à avoir mal à la tête à force de penser à tout cela.

Les minutes passent et elle ne monte toujours pas. Elle doit passer du temps avec sa femme. J’ai l’impression d’être jalouse rien que de penser qu’elles sont ensembles. Je fais les cents pas dans la chambre, tendant l’oreille à travers la porte pour essayer d’entendre quelque chose. Mais rien !

Il est 20h passé et elle n’est toujours pas remontée. Mon ventre commence à grogner. Ne tenant plus, j’ouvre la porte et descend les escaliers. J’entends du bruit dans la cuisine, ça tombe bien c’est là que je dois me rendre. Je suis assez anxieuse à l’idée de me retrouver entre elles deux mais en même temps j’aimerai qu’Elise réalise que je suis encore ici et j’aimerai qu’elle s’occupe de moi plutôt que d’elle. Je commence à comprendre ce qu’est la jalousie.

  • Alors cette petite ?

C’est la voix de Marie qui me fait m’arrêter, comprenant qu’elle parle de moi.

  • Ne t’occupes pas d’elle, c’est compris ?

Marie pouffe et reprends.

  • Et bien si quelqu’un m’avait dit un jour que tu te serais rapproché de quelqu’un, je n’y aurai pas cru.
  • Arrête de dire n’importe quoi, elle n’est rien pour moi !

Mon cœur se brise en entendant ça. J’ai l’impression qu’il reçoit plusieurs coups de couteau tant j’ai mal. Des larmes coulent le long de mes joues. Je fais demi-tour, retournant dans la chambre. Je m’allonge dans le lit et ferme les yeux tout en continuant de pleurer.

Mes paupières sont lourdes lorsqu’elles s’ouvrent au réveil. La pièce est encore toute noir. Je ne sais pas trop l’heure qu’il est mais pour une fois je suis la première réveillée. Je m’échappe des draps doucement sans même un regard vers elle. Je descends et vais m’installer sur la terrasse. L’air frais du matin est agréable caressant mes joues et recouvrant tout mon être d’une fine armure. Le bruit de la porte coulissante se fait entendre derrière moi. Marie m’adresse un gentil sourire. Elle s’avance doucement, recouvrant ses épaules d’un châle. Elle est encore en nuisette bleu nuit. Elle vient prendre place sur un transat à côté de moi et contemple la rosée du matin sans un bruit. Au bout de quelques minutes, c’est elle qui vient casser le silence.

  • Tout est paisible le matin ici. Le calme, personne autour, c’est très relaxant, en total contraste d’où je suis maintenant.
  • Vous habitez où ?
  • Je suis partie vivre à Los Angeles principalement pour les affaires.

Ah oui effectivement, ça doit être bien différent. Quelques secondes passent puis elle reprend.

  • J’ai été surprise de voir qu’Elise avait trouvé quelqu’un.

Je me redresse légèrement. Je savais bien que l’on allait y venir, parler de cette situation mais je ne sais pas trop quoi répondre.

  • Ne t’en fais pas, c’est fini depuis bien longtemps entre nous malgré le fait que l’on soit encore mariées. Je ne sais pas à quoi je pensais en venant ici et j’ai été étonnée lorsque tu as ouvert la porte.

Je frotte ma nuque nerveusement.

  • N’aie crainte, je ne vais pas m’immiscer entre vous mais j’aimerai bien apprendre à te connaitre si tu es d’accord ?

Son sourire fait apparaitre des dents blanches bien droites. Ses yeux plissés me regardant de plein fer ont l’air sincères. Instinctivement, je lui réponds avec un sourire. Elle engage la conversation facilement, me questionnant parfois, racontant son travail, des anecdotes plutôt loufoques mais qui me font rire. Elle me met à l’aise et rigole ou sourit aisément. Je trouve cela très agréable. Elle est l’opposée d’Elise pensais-je.

  • Je vais faire ma curieuse, mais vous deux ça fait longtemps ?
  • Un mois environ…
  • Ah oui et ?

Les jambes croisées, elle vient reposer sa tête sur son bras fléchi dessus. J’écarte des yeux interrogatifs.

  • Comment vous êtes-vous rencontrées ? Je la connais et elle n’est pas du genre à sortir avec son personnel donc je dirais dans un bar ? Une boite ?

Est-ce que je dois dire la vérité ou changer de conversation ? Est-ce qu’elle me teste ? Lui a-t-elle posé la même question ? Je vais appliquer ce que ma mère m’a toujours dit, dire la vérité car je suis sûre de ne pas faire de bourdes par la suite, enfin je l’espère.

  • Oui dans un bar c’est ça !
  • J’en étais sûre, elle n’a pas changé de ce côté-là néanmoins je ne comprends pas trop pourquoi toi, tu n’es pas son genre habituellement.
  • Hein !

Est-ce que j’ai bien entendu ce qu’elle vient de dire.

  • Elle préfère les brunes comme quoi avec le temps on change…

Je la regarde avec son air pensif. A-t-elle des regrets de ne plus être avec elle ? L’aime-t-elle encore ?

  • Est-ce que je peux vous poser une question ?
  • Bien sûr ? répond-elle toujours avec un sourire
  • Euh …comment dire, pourquoi ne pas avoir divorcé ? Vous l’aimez encore ?

Elle rigole doucement.

  • Alors pour ce qui est de l’amour, non ! même si la revoir me titille un peu dans un certain sens. Et concernant le divorce, j’attends toujours d’elle quelque chose. Je lui rendrais sa liberté que lorsqu’elle se décidera mais avec toi ici, je pense que ça sera pour bientôt.

Je ne sais pas comment je dois prendre ce qu’elle vient de dire. Lui rendre sa liberté ? Qu’entend-elle par-là ?

Un frisson me parcourt le corps. Je plie les jambes et les rapproches de mon buste entourant mes deux bras autour. Marie vient déposer son châle sur mes épaules avec un regard tendre.

Je n’ai pas le temps de lui dire merci que j’entends Elise derrière :

  • Jordane ?

Pourquoi suis-je agacée de la voir. Je passe un agréable moment avec quelqu’un de gentil et la voir arriver proche de moi aussi rapidement me rappelle que trop ma place.

  • Viens avec moi !

Son ton autoritaire ne laisse aucune place à la discussion, elle me fait signe de rentrer alors j’obéis. Je me lève, rend le châle à Marie avec un sourire qui se veut de remerciements puis retourne à l’intérieur de la maison laissant les deux femmes s’affronter. L’une avec un air rageant sur le visage et la seconde rigolant de la scène.

**********

La journée se passe sans encombre. Joséphine est constamment avec moi, ne me laissant aucun répit, à croire qu’Elise lui a donné des consignes.

  • Veux-tu que l’on prépare un gâteau au chocolat ? demande Joséphine avec fouet à la main.

Depuis ce matin nous avons déjà réalisé 4 gâteaux et elle veut encore en faire un.

  • Je ne suis pas sûre que l’on arrive à manger tout ça
  • Elise adore le gâteau au chocolat. Je suis sûre que ça lui ferait plaisir si tu lui cuisinais ça !
  • Si vous voulez…

Je la rejoins d’un air incertain en me demandant bien ce qu’on allait faire de toute cette nourriture. Peut-être en donner au voisin. En parlant de voisin, ça me fait penser que je n’ai pas vue Annabelle depuis longtemps. Je saisie mon portable et lui envoie une photo des desserts espérant que cela la mène ici.

Et c’est non sans me tromper que j’entends sonner 10 minutes plus tard.

J’ouvre la porte sur une Annabelle toute fleurie des pieds à la tête jusque dans ses mains. Ses petits talons rose ornées de fleurs blanches, une robe blanche recouverte de roses rose et dans les mains un gros bouquet de roses.

  • Ne me demande pas pourquoi ! dit-elle en rentrant dans la maison. Mais tu m’as sauvé.

Elle me tend les roses que j’empoigne.

  • On m’a toujours dit de ne jamais venir les mains vides et puis j’ai assez de roses sur moi, ajoute-t-elle avec un grand sourire. Alors où est le festin ?

Je lui fais signe de la tête de me suivre dans la cuisine. A la vue de Joséphine, elle lui court après pour lui faire un gros câlin. Cette fille alors ! Elle est très tactile. On pourrait croire qu’elle enlace sa grand-mère. Son sourire, sa douceur, la façon dont elles se serrent l’une contre l’autre font ressortir énormément d’affection.

  • Wouah, dit-elle en s’approchant de la table de la cuisine. Bon je vais faire une exception aujourd’hui. Je commence par le dessert. Il parait qu’en ville il y a un resto où l’on mange à l’envers. On commence par le dessert et on finit par l’entrée.
  • Original.
  • Oui ! répond-elle du tac au tac. On commence par quoi ? C’est quoi ça ? demande-t-elle en montrant du doigt
  • Un gâteau aux amandes
  • Hum il a l’air bon et moelleux, je vais prendre un petit bout de ça alors….

Elle enfourne une grosse bouchée faisant gonfler ses joues lui donnant un aspect d’hamster très rigolo.

  • Il y a des choses qui ne changent pas !

La voix derrière nous fait ouvrir de grands yeux à Annabelle. Ce n’est qu’une fois qu’elle la regarde qu’elle se met à tousser comme si elle avait avalé de travers. Je lui tapote doucement le dos et Joséphine lui amène un verre d’eau.

Marie s’approche de nous avec un grand sourire.

  • Toujours aussi gourmande. Tu as bien grandi Annabelle.

Elle va pour lui caresser le bras mais cette dernière se recule esquivant son geste.

  • Je n’ai plus très faim, tu viens Jordane, on sort un peu ?

Je vais pour répondre, lorsque je sens une main posée sur mon avant-bras et Marie prendre la parole :

  • J’ai acheté des vêtements et je pensais te les faire essayer Jordane.  Comme on parlait de ça ce matin, j’ai cru que ça te ferait plaisir…

J’ai l’impression d’être prise entre deux chaises et je ne voudrais froisser personne.

  • Mais tu peux y aller Annabelle, tu la verras plus tard.

Annabelle ouvre et ferme la bouche successivement et après un regard à Joséphine elle capitule.

  • Ok, elle m’attrape par la main et me tire vers le salon, garde ton téléphone avec toi et au moindre souci tu m’appelles ok ?

Un regard par-dessus mon épaule.

  • Fais attention à toi Jordane, ne reste pas…
  • Tout ira bien, elle est en bonne compagnie. Marie m’attrape par le bras. Tu viens on va essayer tout ça ?

Elle arbore toujours ce sourire complaisant.

On commence à monter les escaliers et je vois Annabelle me faire signe de loin en arborant le geste du téléphone à son oreille. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde est si bizarre en compagnie de Marie.

Une fois dans la chambre d’amis, elle déballe toutes les affaires sur le lit.

  • Wouah il y en a…beaucoup
  • Je me suis peut-être laissée emporter, dit-elle en rigolant et en s’asseyant sur le lit. Tient, tu commences par celui-ci.

Elle me tend un petit haut couleur bonbon.

  • Ok !

J’attrape le tissu et commence à me diriger vers la salle de bain lorsqu’elle m’interpelle :

  • Change-toi là ! On est entre filles et puis, j’en ai vu d’autre tu sais.
  • Euh…d’accord

C’est vrai on est entre filles et puis va falloir que j’apprenne à mettre mon côté timide et pudique de côté. Si elle me voit en sous vêtement ce n’est rien, c’est comme porter un maillot de bain. A la plage, ça ne choque personne alors pourquoi en faire tout un drame.

On passe donc beaucoup de temps à faire les essayages. Enfin, moi j’essaye tandis qu’elle me choisit les vêtements un à un. Faisant des mélanges afin d’assortir tel ou tel vêtement.

  • Je vais descendre boire un verre, tiens enfile ça et tu me rejoins ?
  • D’accord

Si je ne me trompe pas on dirait que le dernier vêtement est une nuisette. De couleur blanche et plutôt courte, ce n’est pas mon habitude de porter des choses comme ça. J’ai l’impression que je n’ai pas la prestance pour ce type de vêtement.

Une fois habillée, je descends retrouver Marie assise sur le canapé verre de vin à la main. Je m’approche d’elle en tirant sur le peu de tissu qu’il y a. Je ne suis pas très à l’aise et une fois assise à côté d’elle j’en profite pour tirer le plaid et me couvrir avec. Marie pose le verre sur la table.

  • Montre-moi un peu ce que ça donne ?

Elle me fait signe de me mettre devant elle.

Je repose le plaid sur le côté et ajustant le vêtement vient me positionner devant elle. De son index, elle me demande de faire un tour sur moi-même et j’exécute sans un mot.

Elle se lève et vient poser ses mains sur mes hanches, puis fait glisser les doigts de sa main droite le long de mon bras pour venir ajuster ma bretelle.  Il me faut quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passe mais c’est lorsqu’elle se met à parler que tout prend son sens.

  • J’ai trouvé quelque chose d’intéressant dans le bureau d’Elise.

Ses doigts effleurent mon cou puis descendent dans le col en V de la nuisette. Je commence à faire un pas de retrait lorsque son autre main saisit farouchement mon bras. Je devine à son regard devenu sombre qu’il ne me faut pas bouger. Je déglutis péniblement pendant qu’elle continue de parler.

  • Je n’aurai jamais cru ça d’elle mais je suis plutôt excitée à l’idée d’en profiter également.

Elle me contourne, sa main glissant toujours sur mon corps. Derrière moi, je sens son souffle très proche de mon oreille. Ses lèvres se posent dans mon cou et ses mains recouvrent mon ventre puis montent progressivement jusqu’à ma poitrine. Je ressens une décharge dans tout mon corps.

  • Non ! dis-je en me dégageant d’elle.
  • Non ?

Son regard change diaboliquement et sans m’y attendre je reçois une gifle du revers de sa main me faisant tomber au sol. A cet instant, les paroles d’Elise me remontent en mémoire quand elle disait de ne jamais rester seule avec elle.

Ma main vient se poser sur ma lèvre endolorie et je n’ai pas le temps de me relever que Marie me plaque au sol en se mettant à califourchon sur moi. Ses mains attrapent les miennes et d’une seule, elle me maintient les bras en haut de ma tête sans pouvoir me dégager. Son autre main en profite pour parcourir de nouveau généreusement mon corps, n’hésitant pas à serrer sa poigne sur ma poitrine ou faire remonter un peu plus la nuisette.

Les lèvres tremblantes, la peur m’envahit. Mon cœur va exploser tant je le sens tambouriner dans ma cage thoracique. J’ai si peur que je n’arrive pas à émettre un son pour crier à l’aide.

Je ferme les yeux, une larme coule le long de ma joue dans l’attente de mon propre sort.

 

Chapitre 12 : ELISE

 

 

  • NE LA TOUCHE PAS !!!!

 

J'ai le cœur qui bat à cent à l'heure. Devant moi, Marie maintient fermement Jordane au sol, légèrement dévêtue et le regard apeuré.

 

Marie se lève, relâchant sa prise sur la jeune fille.

 

  • Tu hausses tout de suite la voix ?! Marie réajuste ses vêtements. On faisait simplement un peu mieux...connaissance. Son sourire en coin ne me plait pas du tout.

 

Jordane se redresse et s'éloigne au maximum de cette femme que je ne connais que trop bien.

 

J'avance dans la pièce, jetant mes affaires à même le sol et me dirige vers cette dernière qui est toute tremblante.

 

  • Elle n'a rien ne t'en fais pas...tu es arrivée un peu trop… tôt, dit Marie avec un sourire narquois.

 

Je me positionne entre les deux et lui lance d'une façon acerbe :

 

  • Signe les papiers et sors de chez moi !

 

  • De chez toi ? dit-elle en ricanant, je suis encore chez moi aussi chérie tant que je n'aurai pas signé.

 

Je ne veux plus qu'elle reste là, je veux qu'elle dégage au plus vite. Elle vient à nouveau de tout détruire, tout ce que j'essayais de construire ces dernières semaines, tout ce que je voulais changer chez moi, à cause d'elle.

 

  • Qu'est-ce que tu veux ?

 

  • Ah la la, tu sais très bien ce que je veux, répond-elle sévèrement, elle s'approche de moi jusqu'à être presque collé et ajoute, je veux te l'entendre dire...

 

Je sais exactement ce qu'elle souhaite mais jamais je ne me rabaisserai à lui donner ce plaisir. J'ai trop de fierté pour lui donner satisfaction. Pourtant, elle a essayé pendant des années mais jamais je n'ai cédé.

 

  • Va te faire foutre !

 

Elle pouffe un instant et agrippe mes cheveux tirant ma tête en arrière puis saisissant ma gorge de son autre main, vient serrer ses doigts doucement.

 

  • Il te suffit de me le dire juste une fois et je signerai, chuchote-t-elle à mon oreille. Je sens sa langue glisser le long du cartilage.

 

J'ai trop d'orgueil pour ouvrir la bouche et lui répondre. Mais je ne veux vraiment pas lui donner ce plaisir. Je ne veux pas me sentir faible devant cette femme.

 

  • Tu ne changeras jamais...continue-t-elle.

 

Elle lèche mon cou remontant jusqu'à mon oreille qu'elle commence à mordiller doucement puis plus férocement. Je serre les dents pour ne pas montrer que ça me fait mal et essaye de la repousser. Elle me relâche et lorsque je croise son regard je sais très bien à quoi m’attendre. Elle me lance une gifle si forte qu’elle me fait presque tomber.

 

  • Elise ? la voix tremblante de Jordane apparaît dans la pièce.

 

  • TOI ! elle la pointe du doigt, petit chaton ne bouge pas c'est entre elle et moi...

 

  • Va-t-en Jordane, dis-je en serrant les dents.

 

  • Surtout pas ! rétorque Marie en élevant la voix, j’ai envie qu’elle te voit comme ça…

 

Mon pouls s'accélère un peu plus, tout comme le frisson qui parcourt mon corps partant du bas du dos et remontant jusqu’en haut de ma nuque. Je suis debout et toutes les souffrances que j'ai vécu avec elle me reviennent en pleine face.

 

A cet instant, je sais que la soirée ne fait que commencer.

 

Après la gifle, d'autres coups ont enchaîné. Elle m'a tirée par les cheveux, poussée au sol, donnée des coups de genoux dans le ventre et à chaque fois je me suis redressée. Je vois bien dans son regard que cela l’agace et plus cela l’énerve plus elle frappe fort.

 

  • Tu es toujours aussi coriace chérie, malgré tout, je trouve que tu manques d'endurance comparé à avant.

 

Je suis à genoux au sol, le souffle court et la bouche en sang. Lorsque je tourne la tête, mon regard croise celui de Jordane et je n'aime pas ce que j'y vois. De la compassion, de la peine, de la tristesse mais surtout de la peur. Tout le contraire de ce que je souhaite pour elle et tout ça à cause de moi.

 

J’ai honte et cela m’énerve d’autant plus. Je me redresse comme je peux mes yeux toujours rivés dans ceux de la jeune femme.

 

Je suis dans mes pensées lorsque Marie m'attrape à nouveau laissant échapper un petit cri de douleur lorsqu’elle saisit mon bras droit qu'elle place derrière mon dos, le faisant remonter jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger. J’ai le souffle court, je n’ai pas forcement peur de ce qui va se passer car j’ai l’habitude mais j’ai honte. Elle vient me plaquer contre le mur côté cuisine écrasant ma tête contre un cadre qui fissure lorsque je le percute de plein fouet. Je sens quelque chose couler le long de ma joue tandis qu'elle se presse contre moi.

 

  • Tu te souviens ? Ces moments ensemble...c'était la bonne époque non ? Ca me manque parfois de ne pas pouvoir te toucher et te dominer…

 

J'essaye de me dégager mais je n'ai plus une once de force.

 

Elle garde mon bras derrière mon dos et saisissant mes cheveux m’emmène contre le buffet ou elle me pousse en avant. La poitrine contre le plateau, elle appuie fortement en haut de mon dos pour me forcer à ne plus bouger.

 

  • Lizzie, Lizzie, Lizzie...si tu continues à te débattre tu vas te faire mal...

 

Dans cette position, je suis totalement à sa merci ne voyant aucun moyen de m’échapper.

 

Elle relâche doucement la pression mais pas la position. L'une de ses mains vient parcourir mon corps en dessinant les courbes de mon dos, de mes hanches puis de mes fesses. Elle passe une main sous mon haut le faisant se relever à la jonction de mon pantalon.

 

  • Arrête, ne fais pas ça !

 

  • Quoi ? Ne me dis pas que tu es devenue pudique ? Dis-moi chaton ? Est-ce qu'elle ta prise ici ? Sur ce meuble ? Est-ce qu’elle t’a touché comme je la touche en ce moment ?

 

Elle continue de parcourir mes fesses et commence à déboutonner le bouton de mon pantalon.

 

Je me remue pour l’empêcher mais elle referme sa prise.

 

  • Aie, Marie, arrête…

 

  • Tut tut tut, laisse-toi faire, ça sera moins douloureux ou alors tu sais ce qu'il te reste à dire. Tu sais ce qu'elle aime particulièrement ? Marie s’adresse à Jordane. C'est sentir l'excitation de sa partenaire alors qu'elle ne peut pas bouger ou alors…. C’est moi qui aime ça…ricane-t-elle.

 

Elle glisse sa main dans mon pantalon jusqu'à venir toucher mon intimité.

 

  • Hum Chérie, tu n'as pas changé…

 

Une larme coule le long de mon visage sans que je ne me rende vraiment compte.

 

  • Arrêtez, s'il vous plaît, arrêtez de lui faire ça, crie Jordane en s'avançant.

 

Marie se met à rire joyeusement.

 

  • Regardez-moi ça, on dirait qu'un petit chaton est tombé amoureuse et s'inquiète pour sa petite...amie...

 

Marie relâche mon bras et m’entraîne contre elle ou elle saisit mes lèvres des siennes, me forçant à l'embrasser. Sa langue se glisse dans ma bouche, elle pousse ma tête contre elle pour m'éviter de m'échapper. Je déteste cette sensation d'impuissance. Je me déteste.

 

  • Tu as toujours aussi bon goût Chérie

 

Le goût du sang oui !

 

Elle se recule un instant et je pense en avoir fini lorsqu'elle m'envoie un gros coup de poing en plein visage me faisant tomber au sol.

 

  • Putain ça fait mal, dit-elle en secouant sa main, j'espère que tu ne m'as pas cassée la main.

 

Je suis par terre, le corps meurtri et mon âme blessé au plus profond de moi.

 

  • Vous êtes...la voix de Jordane tremblote entre la peur et la colère mais elle s'arrête lorsque je lui fais signe de la main de ne pas continuer.

 

  • Tu l'as bien dressé Elise, voyons voir ce qu'elle sait faire...

 

Marie s'approche dangereusement de Jordane qui commence à marcher à reculons puis trébuche sur le bord du canapé et tombe à même le sol.

 

  • Marie arrête ! ma voix prenant le dessus sur l’instant présent

 

  • Pourquoi ? Je suis ta femme et si j'ai bien lu son contrat, elle doit faire tout ce qu'on lui demande, n'est-ce pas chaton ?

 

Jordane écarquille des yeux et me regarde d'une telle façon qu'elle implore mon aide.

 

  • Marie, dis-je difficilement, mes lèvres sont enflées et je ne sens presque plus ma bouche, mes pommettes, presque tout mon visage.

 

  • Non, crie Jordane lorsque Marie se pose sur elle, lui saisissant ses poignets, arrêtez, ne me touchez pas…pleure cette dernière.

 

  • Tu ne disais pas ça tout à l’heure, laisse-toi faire sinon ça sera désagréable et tu ne voudrais pas que je sois méchante avec toi ? glisse-t-elle plus bas.

 

A ces mots, Jordane arrête de bouger réalisant certainement quelque chose. C'est peut-être son regard sur mon état qui lui faire comprendre ce à quoi elle s'expose.

 

  • Bonne petite… répond-elle en lui tapotant la joue.

 

Je vois Marie poser ses mains sur son corps, lui serrer fermement la poitrine, l'embrasser dans le cou et lorsque sa main descend plus bas, je vois le regard apeuré sur son visage ce qui crée en moi une blessure encore plus profonde que celles que je viens de subir.

 

  • MARIE, arrête… s'il te plait !

 

Cette dernière stop net sa descente du désir et tourne son visage vers moi attendant plus.

 

Je me redresse comme je peux avec ce qu’il me reste de force.

 

  • Je...je...mes maxillaires se contractent, je t'en supplie, ne la touche pas.

 

Il doit se passer à peu près 5 secondes avant que cette dernière la relâche. Elle se lève et vient vers moi avec un fier sourire sur les lèvres.

 

  • Tu vois, ce n'était pas si dur à dire mais qui aurait cru que tu pouvais tomber bien bas...toi et une gamine comme elle...tu me fais honte… mais je n'ai qu'une parole. Je signerai les papiers et tu seras enfin débarrassée de moi sauf si...elle pose une main sur mon épaule que je retire en me décalant.

 

Elle attrape ses affaires dans l'entrée et me lance en partant :

 

  • Je t'enverrai tout ça dans la semaine, ce fut un plaisir… comme toujours.

 

La porte se ferme derrière elle laissant un dégoût de moi-même sur son passage.

 

Je ne sais pas combien de temps il se passe avant que Jordane ne prenne la parole.

 

  • Je…je vais appeler la police
  • NON

 

Je me retourne pour lui faire face.

 

  • Mais… ce qu’il vient de se passer…
  • Je t’ai dit non

 

Je me dirige tant bien que mal dans la cuisine et attrape dans un tiroir un torchon. Je le porte au coin de mes lèvres que j’essuie délicatement, puis le monte à ma pommette. Je grince des dents lorsque je la touche à peine. J’espère ne pas avoir besoin de points de sutures.

Je pose mes deux mains sur le plan de travail me remémorant ce qu’il s’est passé.

Je pensais être plus forte que ça et encore une fois elle a eu le dessus sur moi. Et comme d’habitude je n’ai pas riposté, je me suis à peine débattue, je l’ai laissée faire…je me dégoute tellement.

 

  • Je peux appeler le SAMU ? Tu es blessée…
  • Ce n’est pas la peine
  • Mais…
  • Mais quoi ? Tu ne comprends pas que je n’ai besoin d’aide de personnes, que je ne veux l’aide de personne. Je t’ai dit non et tu insistes, je t’ai demandé de partir et tu es encore là…

 

J’avance jusqu’à elle avec un air ferme sur le visage, je suis tellement en colère contre moi-même que je rejette tout cela contre elle.

 

Une fois devant elle, j’essaye de rester droite le plus longtemps possible. Elle ne dit aucun mot, je vois ses yeux se poser partout sur mon visage. Sa cage thoracique grandit au fur et à mesure qu’elle m’examine.

 

J’aimerai tant qu’elle me prenne dans ses bras.

 

  • Le contrat est caduc, va-t’en…

 

Je m’en vais sans un regard en arrière. Ce n’est qu’en arrivant dans la chambre que je réalise ce que je viens de dire.

 

 

Chapitre 13 : JORDANE

 

 

Je ne réalise pas tout de suite ce qu’il vient de se passer.

Je suis dehors en petite tenue sur le perron de la maison en état de choc. Le froid ambiant ne me gêne pas. Je suis debout les bras le long du corps et le regard dans le vide.

Que s’est-il passé ?

Quand j’y repense…je n’ai rien fait pour l’aider. Je ferme les yeux aussi fort que possible me demandant si ce n’est pas un cauchemar. Mais non !

Elle s’est faite agressée juste devant moi et je n’ai pas bougé d’un pouce. Pourquoi ?

Les larmes coulent le long de mes joues. Je ne sais plus quoi penser. Est-ce que je suis si faible que ça ?

J’avais peur. J’étais terrorisée et encore une fois Elise était là pour moi. Elle s’est relevée à chaque fois, elle m’a défendue…elle m’a secourue et moi qu’ai-je fais pour elle ?

Rien.

Je prends mon visage dans mes mains et pleure de plus belle.

Je suis vraiment lamentable.

Elle ne veut plus de moi et je la comprends.

Mais pourquoi est-ce que j’ai si mal au cœur quand je pense à elle ?

Quand je l’ai vu face à moi toute blessée, j’avais tellement envie de la prendre dans mes bras, de la réconforter, de lui dire des mots doux pour la rassurer mais j’avais peur de lui faire encore plus de mal.

Je me sens nulle et impuissante.

Je n’ai rien respecté de ses règles, malgré ça, elle n’a jamais abusé de moi. Si un de ses hommes m’avaient acheté, je n’aurai jamais subi le même sort. Ça me fait frissonner rien que d’y penser.

Elise est, à sa façon, gentille avec moi et pourtant elle n’a eu ni mon corps ni mon aide. Alors je vais respecter sa décision pour une fois. Elle ne veut plus de moi.

Je te laisse comme tu me le demandes. Pour la première fois, je vais faire ce que tu demandes.

  • Je t’aime Elise, adieu 

Chapitre 14 : ELISE

Je monte les marches une à une avec difficulté. Mes côtes me font un mal de chien, certaines doivent être cassées. Je sers les dents tout en tenant fermement la rampe d’escalier. Je pousse la porte de la chambre et me dirige lentement vers la baie vitrée. Mon regard se porte immédiatement sur Jordane immobile sur le perron. Ma gorge se noue lorsque je la vois descendre les marches et partir sans un regard en arrière.

A ce moment-là, je ne sais pas ce qui me fait le plus mal…mes blessures ou mon cœur.

**********

Deux mois viennent de s’écouler sans aucune nouvelle de Jordane. Je n’ai fait aucune démarche pour la contacter et elle non plus et c’est peut-être mieux comme ça. Je l’ai mise à la porte, je me suis ridiculisée ce soir-là et je me sens honteuse lorsque j’y repense. Heureusement pour moi, Marie n’a qu’une parole et je me sens enfin libérer de ce poids-là malgré que mon cœur soit lourd d’avoir perdu Jordane.

Il ne me faut plus penser à elle.

Assise à mon bureau, ma secrétaire vient de me rappeler la soirée de ce soir avec les partenaires. Soirée dont je me serais bien passée car il n’est autre que dans le lieu de notre première rencontre. Je n’ai vraiment pas envie d’y aller mais il va me falloir faire l’effort pendant quelques heures. Je vais devoir encore supporter tous ces hommes et leur langage sans filtre.

23h, nous arrivons sur place après être allés manger dans un restaurant japonais. Le propriétaire des lieux m’a réservé sa meilleure table comme d’habitude. L’alcool coule à flot, les femmes viennent et repartent au gré des envies de mes partenaires. Pour ma part, je n’ai pas la moindre envie de partager quoi que ce soit avec quelqu’un ce soir.

  • Mme BEAUGRAND, détendez-vous un peu !

Le vice-président d’EL FALCOM n’hésites pas à se rapprocher de moi pour continuer la conversation.

  • On vous a connu plus enjoué que ça.

Il attrape son verre de whisky pour en boire une gorgée.

  • Regardez autour de vous et vous trouverez votre plaisir.

Un homme en face de lui l’interpelle et ce dernier se dégage de moi pour aller le rejoindre tant bien que mal.

Mon plaisir !

Quel plaisir ?!

Une femme vient se positionner devant moi et commence quelques tours de bassins pour attirer mon attention. Sa position aguicheuse, ses formes généreuses et sa tenue des plus légères ne m’excitent pas du tout. Néanmoins, je continue de la regarder faire son spectacle sous les yeux de mon comparse donneur de conseils au préalable. Sa gestuelle est fluide signe qu’elle doit faire cela depuis longtemps, ce n’est pas le cas de celle qui est en face de moi quelques mètres plus loin à une table. Ses pas sont peu sûrs, ses courbes beaucoup moins généreuses et les talons aiguilles lui font défaut car elle ne sait pas marcher avec. Je ne savais pas que le club faisait dans le sadomaso car c’est la première fois que j’en vois une avec masque entier sur la tête et main attachée.

Le frôlement des fesses proche de mon visage me ramène à la réalité et un sourire s’esquisse de mes lèvres faisant comprendre à cette femme qu’elle a attiré mon attention. Ses mouvements deviennent plus amples et son corps se rapprochent progressivement du mien venant bientôt s’asseoir sur mes genoux. Son bassin continue son va et vient ne laissant pas mon corps de marbre au frottement.

  • Tu m’offres à boire ? demande-t-elle avec un accent de l’est.

Je lui fais signe de se servir sur la table ce qu’elle ne manque pas de faire en allant s’asseoir à côté de moi.

  • C’est rare de voir des femmes ici ?
  • Rare mais pas impossible

Elle sourit et boit sa boisson. Mes yeux se posent de nouveau sur la scène d’en face ou la gestuelle de cette danseuse laisse vraiment à désirer et me ferait presque rire. J’imagine que l’homme en a pour son argent car il ne lâche pas la chaine des mains. Il doit surement trouver cela à son goût. Lorsqu’il tire sur la chaine, cette dernière vient se mettre à quatre pattes devant lui. Assis sur le canapé, elle est pile à la bonne hauteur devant son entrejambe.

La sensation d’une main sur ma cuisse me fait tourner la tête. La rousse à mes côtés étire ses lèvres et tout en penchant la tête fait glisser sa main un peu plus vers l’intérieur de ma cuisse. J’esquisse un léger sourire et vient reposer mon dos en arrière. Elle souhaite me caresser la cuisse. Qu’elle ne se gêne pas. Pendant que sa main me parcourt sans envie car oui il ne faut pas se leurrer, elle ne transmet aucune sensation dans sa gestuelle. Pour un homme, cela doit suffire mais en tant que femme j’aime recevoir un minimum. Néanmoins, je profite de l’instant toujours en regardant devant moi.

Je n’arrête pas de me dire qu’il me faut arrêter de venir ici, je commence à avoir de plus en plus de mal à accepter le comportement des hommes envers les femmes. D’ordinaire, les manières sont généralement à revoir mais ici, dans ce milieu-là, la femme n’est qu’objet et rien de plus. Celle en face de moi en subit les frais. Attachée en laisse comme un chien, elle subit les demandes de son maitre. Assise, debout, à quatre pattes, par terre, sur lui…parfois ces gestes me rappellent Jordane.

Il me faut me la sortir de la tête également. Je n’en peux plus, tout me ramène à elle à chaque fois. Il n’y a pas un jour ou je n’imagine la voir. Une personne de même corpulence ou blonde ou le même parfum. J’ai l’impression que penser à elle me consume de jours en jours. Je ne pensais pas ressentir cela et j’ai encore du mal à me l’avouer.

La femme à mes côtés reprend sa danse alternant entre déhanchés et frottements.

  • C’est elle que tu veux ?

Elle me pose cette question avec un air d’agacement. Et je peux la comprendre, je ne suis pas très attentionnée envers elle mais je ne suis pas d’humeur. Qu’il s’agisse d’elle ou d’une autre car ce n’est pas d’elles que je veux. Elle regarde d’un air nonchalant l’autre femme tout en levant les paupières exagérant son exaspération.

  • Elle est nouvelle et pas très douée…à croire que ça plait.

Elle fait signe à une de ses collègues de la rejoindre.

  • Dis à Jordane de venir ici quand elle aura fini !

Mes yeux s’écarquillent, mon pouls accélère…ai-je bien entendu ?!

 

Chapitre 15 : JORDANE

Il m’a tiré jusque dans cette pièce sombre que je commence à trop connaitre. Seule avec lui n’était pas prévu.

Ce masque étouffe les sons qui sortent de ma bouche. Je n’arrive pas à crier ni me débattre. Face à lui cela est impossible. Il me maintient contre le mur, une de ses mains sur ma gorge. Il doit bien voir que je le supplie des yeux d’arrêter mais je comprends vite qu’il n’en n’a que faire. Son regard est vicieux et son sourire sadique. Je me sens tellement vulnérable.

Il faut que je contacte Marco pour qu’il m’aide.

Le pendentif ! Il n’est plus à mon cou. Ce même pendentif que Marco m’avait demandé de garder toujours sur moi avec un bouton d’urgence intégré, en cas de pépins disait-il. Il a dû tomber quand il m’a trainée ici dans cette pièce obscure.

Je le cherche du regard et le voit au sol à deux mètres de moi. Je n’arriverai jamais à l’atteindre et pourtant il le faut c’est mon seul échappatoire. Marco m’avait prévenu, ne jamais rester trop longtemps seule avec un client et qui plus est loin de tous regards.

J’essaye de dégager sa main mais je n’y arrive pas, il est trop fort.

Il m’envoie une claque qui me fait percuter fortement ma tête contre le mur.

  • On dirait une vraie chatte en chaleur, glisse t’il entre ses dents. J’adore ça. Montre ce qu’il y a là-dessous…

Sa main parcourt mon corps, empoignant fermement mon sein, saisissant mes fesses pendant qu’il se colle à moi. Je peux sentir quelque chose de dur entre ses jambes qui me fait déglutir avec difficulté.

Je ne veux pas…je ne veux pas perdre ma virginité comme ça.

Je sens des larmes couler et mes yeux s’embuer au fil des secondes qui passent.

Dans un brève moment de lucidité, j’essaye de regrouper toutes les forces que j’ai en moi et lui donne un coup de genoux dans le ventre ce qui l’oblige à me relâcher.

  • Salope

Je n’ai pas le temps de m’écarter, qu’il m’attrape les cheveux, me tire en arrière et vient m’assommer d’un coup de poing au visage me faisant tomber au sol.

J’ai mal à la mâchoire.

J’ouvre légèrement les yeux et distingue le pendentif proche de moi, je tends les mains pour essayer de l’attraper, en vain. Il vient se positionner sur le côté et me donne un coup de pied dans le ventre qui me coupe la respiration instantanément.

Je n’arrive plus à respirer. Je veux enlever ce masque.

Mes mains cherchent la fermeture éclair, mais je n’arrive pas à y accéder avec les poignets attachés.

J’ai besoin d’aide, que quelqu’un vienne m’aider s’il vous plait.

Il me relève du sol brutalement et agrippant l’arrière de ma tête me balance contre la porte de la pièce.

A nouveau ma tête tape brutalement, je perds l’équilibre et vient m’écraser au sol une seconde fois. Le son du fracas résonne dans mon cerveau. J’ai mal. Il me tire par les chevilles, me ramenant vers lui, me retourne sur le dos et m’arrache la culotte si brutalement que je sens une brulure le long de ma cuisse.

Je suis terrorisée.

  • Tu es moins docile que je ne le pensais, je vais devoir te punir.

Il déboutonne son pantalon lentement me fixant de son regard. Il s’est très bien que personne ne viendra m’aider. En même temps, nous sommes dans un bordel… de luxe mais ça reste un bordel et j’ai choisi mon destin le jour où je suis venue ici.

Il fait glisser son pantalon au sol puis son caleçon asticotant son sexe devant moi avec un sourire en coin.

Je suis terrifiée.

Il se baisse au sol, attrapant mes jambes et me tirant encore plus vers lui. Je gesticule pour essayer de me libérer mais il me frappe à nouveau au visage m’assommant un peu plus.

Il est à genoux face à moi et je ne peux rien faire. Je n’ai plus de force.

J’ai envie de pleurer tout ce que j’ai en moi mais rien ne sort. Je suis prisonnière de cet instant. Spectatrice de cette horreur.

Il s’allonge sur moi et je sens son sexe glisser entre mes jambes que je ressers inconsciemment mais je ne fais pas le poids face à lui. Il saisit mes poignets qu’il pose au-dessus de ma tête sans jamais ne les lâcher. Il lèche mon sein et vient mordre mon téton.

Mon cri de douleur est étouffé par le masque.

Il glisse une de ses mains plus bas et lorsqu’il va pour s’enfoncer en moi la porte s’ouvre le stoppant net dans son action.

  • Putain, vous voyez pas que je suis occupé, dit-il en se redressant, son sexe toujours raide.

Je ne distingue pas cette personne, mes yeux sont trop humides pour ça mais j’entends des pas s’approcher.

Comme il n’y a aucun bruit, aucune parole, je doute que cette personne soit là pour m’aider. Je tourne ma tête sur le côté les yeux fermés, attendant mon sort. De toute façon, je ne peux rien faire. C’est peut-être ma faute tout ça après tout.

  • Cette jeune femme est à moi !

J’ouvre les yeux brutalement et me retrouve nez à nez avec une paire de talons aiguilles. Et cette voix…cette voix serait-ce… ?

Je redresse la tête et suis tellement heureuse de voir Elise se tenant debout fermement face à mon agresseur.

C’est bien elle ! Je suis tellement heureuse de la voir à cet instant. Est-ce qu’elle sait que c’est moi sous ce masque ? Comment pourrait-elle le savoir ?!

Je sens ce dernier se relever libérant sa prise sur moi et me permettant de reculer aussi vite que je le peux dans un coin de la pièce.

L’homme est face à elle, son sexe toujours raide à croire que la situation l’excite.

  • Tu veux te joindre à nous ma belle ? lui demande-t-il en s’approchant d’elle. Tu n’es pas mal toi non plus. Il tourne autour d’elle.

Je vois le pendentif juste devant moi, je ne perds pas une seconde et me jette dessus puis reprend ma position dans le coin. J’appuie non-stop sur l’objet espérant que Marco débarque vite.

  • Non merci, je prends juste la fille.

Elle commence à se diriger vers moi lorsque l’homme la saisit par le bras. Elle regarde sa main.

  • Tu as envie de jouer ? lui demande-t-elle avec une voix charmante.

Mais qu’est-ce qu’elle fait ?

J’ai encore plus peur qu’il lui fasse du mal.

  • Arriverais-tu à combler le plaisir de…elle s’approche de son visage et glisse à l’oreille, de deux femmes ?

Quoi ?!

  • Je vais te montrer de quoi je suis capable, répond ce dernier sûr de lui.

Il vient saisir le visage de Lise d’une de ses mains et l’amène à lui.

  • Eliiiiiiiii…mon cri est étouffé par ce masque.

Je me sens encore tellement impuissante.

Mais pourquoi ? Pourquoi doit-elle encore subir à ma place ?

Je suis à genoux, poignets liés devant moi, tremblant de tout mon être et incapable d’agir encore une fois.

Il se penche pour venir l’embrasser dans son cou lorsqu’elle attrape violemment ses testicules et les serrent très fort.

Il pousse un cri et tient à peine sur ses jambes.

  • Penses-tu réellement que l’on puisse avoir envie d’une personne comme toi ? Un pauvre misérable abusant des femmes…

Ce dernier gémit de douleur. Je la vois refermer davantage sa prise sur ses testicules. Le visage de cet homme devient tout rouge, il n’arrive même plus à parler.

  • Les hommes comme toi ne sont que des mauviettes, ça me dégoute….

Je suis stupéfaite de voir les choses tourner ainsi. J’ai cru qu’il allait s’en prendre à elle mais elle maitrise totalement la situation.

La porte de la pièce s’ouvre à nouveau de façon brutale lorsque j’entends une voix prononcée :

  • Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

C’est Marco qui fait irruption accompagné par deux autres hommes à l’allure imposante.

Lise relâche sa prise et l’homme tombe genoux au sol, gémissant et tenant son sexe entre ses mains.

Marco me regarde dans le coin, frotte l’arrière de sa nuque et d’un mouvement de tête fait signe à ces deux sbires de s’occuper du mec. Il le relève et ce dernier gémit toujours.

L’un des deux se dirige vers moi et je deviens à nouveau effrayé. Je suis toujours dénudée et j’ai tellement honte de moi. Je n’arrive pas à cacher mon corps de mes bras.

Que vont-ils me faire ?

Elle n’a pas dû me reconnaitre avec ce masque, est-ce qu’elle sait qu’elle vient à nouveau de me sauver ?

Ne m’abandonne pas s’il te plait.

  • Attendez, dit-elle, je m’en occupe !

Elle s’approche de moi et vient s’accroupir à mes côtés.

  • Pourquoi es-tu revenu ici Jordane ?

Son ton est accusateur mais avec de la tristesse en plus.

Elle enlève les chaines de mes poignets puis vient retirer doucement le masque. Lorsque ce dernier quitte mon visage j’ai l’impression que le souffle remonte peu à peu dans ma poitrine. Je ne sais pas à quoi je ressemble mais elle me fixe de ses yeux verts. Sa main vient caresser ma joue, puis elle se redresse, enlève sa longue veste qu’elle me pose sur le dos pour me couvrir. Elle m’aide à me relever.

  • Attends-moi à la loge, je t’y rejoins dans quelques minutes.

Je passe timidement devant Marco qui ne dit aucun mot, puis longe le couloir jusque dans la loge. Je ne sais pas comment mais mes jambes m’ont amené jusqu’ici mais une fois les portes fermées je m’écroule de tout mon long.

**********

Lorsque j’ouvre de nouveaux les yeux, je suis allongée dans un lit.

Où suis-je ?

Ça sent bon. Cette odeur je la reconnais. C’est la sienne.

  • Aie

J’essaye de me redresser mais mon ventre me fait mal, ma tête me fait mal, tout mon corps est meurtri. Je distingue une légère lumière sous la porte de la chambre. J’écarte les draps du lit et remarque que je suis habillée de mon pyjama, les mêmes vêtements qu’elle m’avait donné lors ma première venue ici. J’ouvre la porte de la chambre et essaye de distinguer un bruit de sa présence.

Rien !

Est-ce qu’elle serait partie en me laissant seule ?

Je fais quelque pas supplémentaires et entend un son venant du bureau.

J’avance et lorsque je me retrouve devant la porte je n’ose l’ouvrir. Ma main s’approche pour frapper et pourtant je me retiens. Pourquoi est-ce que j’ai si peur ?

J’ai simplement peur de ce qu’elle peut penser de moi. Je ne devais déjà pas avoir beaucoup de place dans son cœur depuis la dernière fois mais là, après ça, j’imagine qu’elle aura plus pitié qu’autre chose.

Je suis un vrai fardeau quand j’y pense. Je baisse la tête, honteuse de qui je suis.

Je ne devrais même pas être là. Je devrais la remercier et partir non ?!

Je suis si absorbée par mes pensées que je n’entends pas la porte s’ouvrir et lorsque je lève mes yeux, je la vois devant moi avec un drôle d’air sur le visage.

Mon cœur se met à battre violemment dans ma poitrine, je sens des larmes se former et j’ai du mal à me retenir. Je me jette sur elle et l’enlace fortement, posant ma tête contre son épaule et pleurant à chaudes larmes. Mes bras se referment davantage autour de sa taille serrant son chemisier de mes doigts, je ne veux pas la quitter, je me sens tellement bien avec elle et en sécurité.

Je veux rester comme ça. S’il te plait laisse-moi contre toi.

Elle doit être étonnée car elle ne m’étreint pas en retour. Pourtant, l’air sur son visage, j’avais l’impression qu’elle avait pleuré…

Chapitre 16 : ELISE

 

  • Combien ?

Je suis énervée et je n’ai pas envie de prendre des gants. Je sens que mes mains tremblent alors je serre les poings pour essayer de les contrôler.

Jordane, pourquoi ? J’aimerai savoir pourquoi ?!

  • De quoi ? demande Marco en regardant ses hommes ranger la pièce.
  • Combien elle te doit ? dis-je plus sévèrement.
  • 10 000

10 000 ? Mais je lui ai donné tellement d’argent, qu’a-t-elle fait de tout cela pour revenir ici ?

  • Très bien, je te ferai le virement.

Je prends la direction de la sortie lorsqu’il me dit.

  • Que comptes tu faire d’elle ?
  • Ça me regarde, maintenant elle ne te doit plus rien.

Je passe le pas de la porte sans un regard en arrière.

Arrivée dans la loge, je vois Jordane étendue sur le sol. Son corps nu est marqué de plusieurs traces d’affront. Je n’espère que seule chose, ne pas être arrivée trop tard.

Est-ce qu’il l’a…

Rien que d’y penser mes yeux s’humidifient.

Contrôle toi Elise !

J’attrape mon téléphone.

  • Amène la voiture devant.

J’attrape quelques affaires autour de moi et la couvre comme je peux. Je me redresse et la porte dans mes bras. J’ai l’impression qu’elle a encore maigri.

**********

Nous arrivons enfin à la maison. Jordane a passé le trajet endormi la tête sur mes genoux. Je ne sais pas quel est son état. Parfois je la sentais tressaillir et trembler mais dès que je passais ma main dans ses cheveux elle se calmait.

Pourquoi est-elle retournée dans ce bordel ? Cette question me hante.

Intérieurement, je me sens fautive. Si je ne l’avais pas viré de la maison comme je l’ai fait, elle n’aurait jamais eu à retourner là-bas. Et pourquoi y retourner alors qu’elle avait tout cet argent avec elle. Je ne comprends toujours pas…

Axel m’aide à la transporter jusque dans la chambre ou il la dépose sur mon lit avant de prendre congé. Je pars dans la salle de bain chercher un linge humide puis revenant à son chevet, je m’assieds doucement sur le bord du lit et commence à lui appliquer sur le visage. Mes doigts dégagent ses cheveux sur le côté et délicatement j’essuie les traces de ses larmes. La douceur de sa peau m’avait manquée. Je continue de passer le linge humide sur son visage lorsqu’elle vient saisir ma main. Ses yeux s’ouvrent brutalement me regardant de plein fer. Pour autant, je n’ai pas l’impression qu’elle distingue quoique ce soit. Sa main se referme davantage et je la sens trembler.

  • Calme toi…je suis là…

Mes doigts caressent doucement son front puis sa joue.

  • Je suis là, tu es en sécurité ici.

Une larme coule le long de son œil gauche et doucement elle vient reposer sa tête contre l’oreiller. Sa poigne se relâche et je la sens retrouver Morphée en peu de temps.

Un coup d’œil à l’horloge m’indique qu’il est bientôt deux heures du matin. J’ai des rendez-vous toute la matinée mais je pense pouvoir me libérer à partir du déjeuner. Je remonte la couette pour couvrir ses épaules puis sans un bruit pars de la chambre. C’est une fois dans mon bureau que je me laisse aller. Je n’arrive plus à cacher ce que je ressens. Je n’en ai plus la force surtout quand je la vois comme ça. Elle a ré-ouvert en moi quelque chose qui était enfoui depuis longtemps. Je me laisse tomber contre la porte du bureau ma tête reposant contre cette dernière. Mon visage s’humidifie au fur et à mesure que les secondes passent. Je me ressasse certains moments de ma vie que me font pleurer davantage. Mon cœur s’accélère et j’ai l’impression d’être prise de panique. Je souffle grandement pour essayer de reprendre constance et faire baisser mon rythme cardiaque. Je me concentre sur Jordane avec sa bouille d’ange. C’est le souvenir de son sourire qui me calme. Les larmes s’arrêtent et mon cœur retrouve son rythme.

Je m’installe au bureau et effectue le virement pour libérer Jordane de toutes charges auprès de Marco. Je m’adosse au siège et contemple le plafond.

Allez ressaisis toi !

Je crois entendre du bruit venant du couloir qui me fait me redresser. Je passe mes doigts sous mes yeux pour enlever l’humidité encore existante et me dirige vers la porte. Ma main sur la poignée je respire un grand coup avant de l’ouvrir.

Elle est là devant moi.

Elle me regarde droit dans les yeux, se jette sur moi et m’enlace fortement. Je sens ses doigts se refermer contre mon chemisier et me serrer encore plus fort. Il découle quelques secondes avant que je ne réalise vraiment ce qui se passe. Mes bras montent peu à peu et se rejoignent derrière son dos. Je peux sentir comme une tension lâcher prise lorsque je l’étreins. Je suis contente intérieurement qu’elle est fait ce premier pas vers moi même si j’aurai préféré que cela se fasse dans d’autre circonstance. Et dans un sens, j’ai l’impression que c’est la première fois que je la tiens contre moi aussi fort.

J’aimerai lui dire tant de choses, lui ouvrir mon cœur mais quelque chose encore une fois me retient.

**********

Quelques jours ont passé depuis cet évènement sans que je ne lui en parle et elle non plus. Pourtant l’envie ne me manque pas de connaitre la raison du pourquoi. Pourquoi est-elle retournée là-bas ? Pourquoi se mettre en danger alors qu’elle avait déjà de l’argent ? Pourquoi tout ça ?

Depuis cette fameuse nuit ou l’on s’est étreintes pendant de longues minutes, je ne l’ai plus retouchée. Elle est comme éteinte, son regard dans le vide, les yeux tristes et toujours à l’écart comme dans son propre monde.

Et lorsque je rentre à la maison, sa position assise au coin du canapé n’a pas bougé. Mais ce qui me fait mal intérieurement c’est son regard sans vie, ses yeux bleus qui pourrait paraitre translucide tant son état physique et mentale sont éteints.

N’ayant plus de patience, mes paroles sortent plus vites que je ne l’aurais cru.

  • Cette situation ne peut plus durer ! dis-je en allant me positionner devant elle en croisant les bras.

Son visage interrogateur se lève vers moi.

  • Il va falloir te ressaisir et vite. Je suis consciente de ce qu’il s’est passé, mais tes actes sont ta responsabilité, à toi de les assumer maintenant.

Je déglutis péniblement en voyant le regard qu’elle porte sur moi mais pour autant il me faut continuer même si je dois passer pour la méchante.

  • Dès demain, tu retournes à la fac. Tu reprends ta vie, tes études, tes amis. Tu retrouves le sourire ou du moins tu essayes. Mais sache une chose, je ne peux plus accepter ta façon d’être sous mon toit.

Je vois les traits de son visage changer brutalement. Dans quel sens, je ne sais pas encore comment.

  • Tu ne peux pas rester ici à te morfondre et je ne veux pas te voir comme ça...dépressive. Dis-toi que d’autres ont subi bien pire et se relève malgré tout. Alors ressaisis toi !

Elle se lève brutalement et j’ai comme l’impression qu’elle a envie de me gifler. Mes mots ont peut-être été trop durs, mais la préserver n’aurait servi à rien. Ce que je dis est pour son bien même si elle n’en a pas encore conscience.

Chapitre 17 : JORDANE

Assise sur le banc de la fac, je regarde sans regarder ce qui se passe devant moi et je réalise que cela fait maintenant plus d’un mois que l’incident a eu lieu. Elise m’a autorisée à rester chez elle même si elle ne l’a pas dit ouvertement, elle ne m’a jamais demandé de partir. Je dois bien avouer que si elle n’avait pas été là, je ne sais pas ce que je serai devenu. Son côté autoritaire et rentre dedans m’a fait du bien je dois l’avouer. Sans ces paroles, je serai encore à me morfondre et déprimer.

  • A qui tu penses ?

Un coup d’œil sur ma droite, je souris en voyant Léa me tendre le panini.

Léa est une copine de longue date, on se connait depuis le lycée et on a eu à peu près le même parcours scolaire et universitaire. Généralement, le midi on se rejoint pour manger et avant que tout cela n’arrive on sortait pas mal. Elle ne sait pas tout ce que j’ai traversé car j’ai toujours fais les choses de telles façon que personne ne s’en rende compte. Le fait même que je sois absente pendant plusieurs semaines ne la tracassait pas car j’avais toujours été comme ça et le peu de nouvelles que je lui donnais étaient suffisants pour la rassurer.

  • A personne

Je la vois mordre dans son sandwich une si grosse bouchée que je lève les sourcils.

  • J’avais trop faim, dit-elle la bouche pleine

Léa a toujours faim. Il ne passe pas une heure sans qu’elle n’avale quelque chose et je me demande bien ou elle met tout ça vu son petit gabarit. Je devrais la présenter à Annabelle car elles ont beaucoup de points communs.

  • Les garçons veulent sortir ce week-end, ça te dit ? demande-t-elle toujours en mâchant.
  • Quand ?
  • Je ne sais pas encore
  • Où ?
  • Ça non plus je ne sais pas…
  • Tu ne sais rien en fait !
  • Si je sais une chose, je veux que tu viennes avec nous alors ? Dis oui ? Dis oui ? Dis oui ?

Je réfléchis légèrement car je sais que j’ai beaucoup de cours à rattraper, malgré tout, j’ai vraiment envie de prendre du temps pour moi et de me changer les idées.

  • Ok ok, c’est bon je viendrais.
  • Ah génial…elle croque de nouveau dans son sandwich, cha fait trop longtemps qu’on n’a pas paché une choirée enchemble

Effectivement, si mes souvenirs sont bons, ça remonte bien avant tout ça, avant que je ne rencontre Elise. En parlant d’elle, dois-je la prévenir que je sors ? Je ne sais plus trop comment agir avec elle ces derniers temps. J’ai essayé de me rapprocher mais à chaque fois, je la sens distante. Je pensais qu’elle avait des sentiments pour moi, tout du moins, nos interactions d’avant me le laissait penser mais maintenant à chaque fois que je fais un pas vers elle, j’ai l’impression qu’elle recule de deux. On a jamais parlé de ce qui s’était passé avec son ex, elle ne m’a jamais demandé pourquoi j’étais retourné là-bas. Dans un sens, rien n’a avancé entre nous car tout a mal commencé.

Elise a repris ses habitudes. Elle rentre tard, s’enferme dans son bureau pour encore travailler puis vient se coucher mais sans jamais me coller. Elle ne vient plus dans mon dos comme elle le faisait avant, je ne sens plus ses doigts glisser sur mon flanc ni la chaleur de son corps m’envahir quand elle m’étreignait.

**********

Il est 23h et elle n’est toujours pas rentrée. J’ai patienté jusqu’à 21h pour manger puis je me suis fait une raison. J’ai encore diné seule à la différence que maintenant mes repas sont accompagnés d’un verre de vin. Le passage au bordel m’a mise au pli. Il fallait faire consommer les clients et pour qu’ils consomment, il me fallait également boire. Ce qui était assez désagréable au début car je n’aimais pas du tout le goût, je me suis surprise à apprécier cela et surtout ça me permettait de m’évader.

Ce soir, j’avale les verres de vin plus vite que prévu. Lorsque je veux me resservir je me rends compte que la bouteille est vide.

  • Mais qui a tout bu ???

Je suis un peu, beaucoup éméchée. Je me lève et vais déposer la bouteille sur le comptoir tout en titubant. Je regarde à droite, puis à gauche à la recherche d’une autre bouteille lorsque j’entends la porte d’entrée s’ouvrir. Sortant de la cuisine, je me dirige vers celle que j’attends depuis des heures et je ne manque pas de lui signaler.

  • T’étais où ?

Mon éloquence est faible, ma tête tourne, j’ai l’impression d’être sur un bateau mais j’essaye de rester mobile. Ses yeux se portent sur moi furtivement pendant qu’elle se déchausse et dépose son manteau et sac.

  • Un repas d’affaire.

Sa réponse est aussi courte que ma question. On va aller loin comme ça pensais-je.

  • Pourquoi ? ma voix est un peu trop forte lorsque j’ouvre la bouche alors je reprends plus doucement. Pourquoi tu ne rentres pas plus tôt…comme avant ? dis-je encore plus bas.

Pendant qu’elle avance dans le salon, me répond :

  • J’ai beaucoup de travail.

Elle se dirige vers les escaliers et je sais très bien qu’elle va encore aller s’enfermer dans son bureau. Je ne sais pas si c’est le vin qui me donne du courage mais je fais quelques pas rapides dans sa direction et lui saisit l’avant-bras

  • Attends ?

Son regard s’ancre dans le mien.

Je m’approche dangereusement d’elle pour aller l’embrasser mais elle m’arrête, posant une main sur mon épaule tout en reculant son buste.

  • Qu’est-ce que tu fais ?
  • J’ai envie de t’embrasser

Je confirme que l’alcool enlève toute inhibition car ce que je viens de dire n’aurait jamais été possible par le passé. Mais à cet instant, je suis contente d’avoir pu lui dire ces mots-là. Elle s’approche de moi, je suis tout sourire qu’elle prenne aussi l’initiative mais suis déçue lorsque je la vois renifler.

  • Tu as bu ?

Son air surprit me fait rigoler.

  • Juste un ou deux petits verres

Mes doigts désignant de façon bien mensongère la quantité absorbée.

  • Viens !

Elle attrape mon poignet et me tire à l’étage.

  • On va dans la chambre ?

Ravie de ce qui pourrait suivre, mon sourire ne quitte pas mes lèvres le long du trajet.

  • A la douche ? répond-elle sèchement
  • Tu veux que l’on prenne une douche ensemble ? Mais avant je peux juste avoir un bisou, d’accord ?

Je viens m’agripper à son bras pendant que l’on rentre dans la chambre.

  • Tu y vas seule !
  • Hein ?!
  • Je ne comprends pas pourquoi tu t’es mise à boire alors que tu ne buvais pas !
  • Et moi je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas m’embrasser ?

Je m’écarte d’elle avec la tête qui tourne un peu plus et l’énervement qui monte.

  • Pourquoi tu m’évites ? Pourquoi tu me touches plus ? Je te dégoute ?

Elle ne dit rien et ça m’agace.

Je fais un pas vers elle pour me retrouver dans sa zone de confort. Elle ne lâche pas mon regard, défiant chacun de mes gestes. A nouveau, mes lèvres se tendent pour venir l’embrasser mais elle tourne la tête au dernier moment laissant un vide là ou devait se trouver ce bonbon rose.

Mon comportement change radicalement, faute à l’alcool ou pas, je me recule puis pars dans la salle de bain en claquant la porte.

Mes mains posées contre le lavabo, je me regarde dans le miroir. Mes yeux sont humides, mes joues rouges et les nerfs à vifs. Je croyais qu’elle me voulait, c’était ça le contrat à la base, du sexe. Et là, lorsque je veux l’embrasser elle me rejette. Je dois vraiment la dégouter. J’ai envie de crier mais seul des larmes coulent sur mes joues.

**********

Le weekend arrive plus vite que prévu et je rejoins Léa chez elle. J’ai hésité à mettre une jupe mais je me souviens de cette dernière me dire : il vaut mieux sortir couvert. J’ai donc troqué la jupe pour un pantalon léger et d’un débardeur. La chaleur de l’été est encore présente alors il vaut mieux se mettre à l’aise. C’est Léa qui conduit après que les garçons nous ai rejoint. La bonne humeur est présente et les festivités commencent dès que nous rentrons dans la voiture. Musique à fond, nous nous dirigeons vers la boite de nuit. Les fenêtres sont ouvertes et la douceur du vent caresse mon visage. J’espère passer une bonne soirée pour penser à autre chose. Je lui en veux tellement. Son ignorance envers moi me fait plus mal que je ne l’aurai cru. Je sais que je ne devrais pas m’attendre à autre chose, j’ai bien compris n’être rien à ces yeux mais ce qui me fait le plus mal c’est l’espoir.

Espérer un geste de sa part.

Espérer un sourire.

Espérer un mot gentil.

La bouteille de bière tendu devant ma tête me ramène à la réalité et c’est avec plaisir que j’avale une gorgée, puis une autre avant de la redonner aux garçons. Je sens que la soirée va être festive.

La boite est remplie plus que je ne l’aurai cru. On s’est déhanchés sur la piste durant de nombreuses chansons et c’est avec plaisir que je retrouve le canapé. La petite table devant moi ne trompe pas. Nous buvons plus que l’on ne devrait mais on rigole tellement. Je ne fais même plus attention à ce que j’ingurgite prenant le premier verre devant moi.

Léo, le frère de Léa, les parents ont eu de l’imagination quand j’ai entendu son prénom pour la première fois, est à côté de moi le sourire aux lèvres et la tête toute rouge. Il sourit bêtement en regardant les gens danser. Je pense être dans le même état que lui car cela doit bien faire cinq minutes que je le regarde en souriant bêtement. Les coups de coudes de Léa contre moi m’indiquant que mon téléphone sonne ne me fait pas percuter davantage, me sentant sombrer un peu plus. Je rigole même en voyant le nom apparaitre. Je saisi à nouveau le verre devant moi et le bois cul sec.

Chapitre 18 : ELISE

  • Allô ?

Le bruit à l’autre bout du fil est assourdissant et extrêmement fort.

  • Allô ? dis-je une seconde fois. Jordane ?
  • Je crois que Jordane est un peu…enfin…peut-être plus qu’un peu…j’entends une jeune fille glousser au bout du fil et complètement éméchée. Hey Jordane tu dors ? j’ai ta mère au téléphone…

Sa mère !

  • Où êtes-vous ? dis-je en criant.
  • Hein ?
  • Vous êtes où ?
  • Là on est sur le canapé mais...

Je ne lui laisse pas le temps de continuer que je renchéris.

  • Vous êtes où ? Dans quelle boite ? A quel endroit ?
  • Ah j’avais pas compris…elle glousse de plus belle.

Merci mais j’avais remarqué.

  • Alors là on est…on est…euhhh, ah oui on est au Paradise.

Je raccroche puis attrape mon sac et sors de la maison. Je cherche rapidement le lieu sur mon téléphone, puis démarre lorsque le GPS est en marche.

Arrivée sur place, je me gare de façon précipité et me dirige d’un pas décidé vers l’entrée. Le vigile me regarde de haut en bas et j’imagine que ma tenue n’est peut-être pas très courante dans un lieu pareil. Je n’ai pas eu le temps de me changer après la cérémonie et je suis donc toujours en robe de soirée. Avec un léger sourire en coin, il me fait signe que je peux rentrer. Merci bien, mais je serai rentrée par n’importe quel moyen.

Je ne m’étais pas trompée au niveau du bruit, les baffles sont à leur maximum, l’odeur de la transpiration et de l’alcool me montent directement au nez. Je regarde de part et d’autre tout en marchant afin de retrouver Jordane mais vu du nombre de personnes au mètre carrés, je ne sais pas par où commencer. J’attrape mon téléphone et l’appelle dans l’espoir qu’elle me réponde.

J’entends décrocher :

  • Jordane ? Je suis là, dis-moi où tu es ?
  • Jordane, je crois que c’est ta mère encore…

Le téléphone coupe à nouveau. Je continue mon chemin dans l’espoir de tomber sur elle. Après quelques pas, j’ai l’impression de reconnaitre un visage, c’est bien elle. Arrivée proche d’eux, je la vois à moitié affalée sur le canapé, la tête reposant contre le garçon à ses côtés. A cet instant, je ressens un pincement au cœur ou plutôt de la jalousie. La fille à sa droite me regarde elle aussi de haut en bas et difficilement me demande :

  • Y’a un concours de beauté ce soir ?

Elle tape plusieurs fois la jambe de Jordane tout en rigolant afin qu’elle regarde. Cette dernière ouvrant lentement un œil, redresse de peu la tête puis souffle lorsqu’elle m’aperçoit laissant retomber sa tête sur le jeune homme.

  • Jordane lève-toi ! On y va !

Je croise les bras debout en face d’elle mais rien ne se passe. Je me penche pour attraper sa main mais elle l’enlève farouchement. Elle se lève comme elle peut, tirant la chemise de son acolyte et d’une façon peu gracieuse annonce :

  • J’ai envie de danser

Elle avance doucement en titubant pour sortir de derrière la table basse ou jonche de nombreuses bouteilles et verres d’alcools. Elle passe devant moi tout en m’ignorant. Ne l’imaginant pas une seule seconde aller danser avec lui, je repousse le jeune homme à sa place qui se laisse tomber entièrement sur le canapé. Son degré d’alcool devant être au plus haut, il ne dit mot et sourit d’un air béat ce qui m’arrange fortement.

Jordane continue son avancée périlleuse jusqu’à la piste où je la suis de prêt de peur qu’elle ne tombe. Lorsqu’elle se retourne, nos regards se croisent le temps d’une seconde. Elle penche la tête sur le côté gauche pour regarder son compagnon toujours inerte sur le canapé.

  • Ok, dit-elle en soufflant, quel nul celui-là…

Elle regarde autour d’elle, son point d’ancrage légèrement bancale.

  • Alors qui vais-je choisir ? ajoute-t-elle toujours éméchée, le doigt tendu dirigé devant elle.

Elle s’arrête net, plisse des yeux et esquisse un léger sourire. Je regarde dans la même direction et vois un groupe de garçon au loin. Lorsqu’elle commence à faire un pas vers eux je la stoppe en la saisissant par son poignet.

  • Rentrons !

Elle dégage son bras férocement et essaye de me faire face comme elle peut. Ses paupières ont l’air lourdes et ses paroles sortent difficilement.

  • Pourquoi ? Je…je t’intéresse maintenant ?

Je ne réponds rien, ne voulant pas rentrer dans son jeu. J’essaye d’attraper à nouveau son bras mais elle recule.

  • Pourquoi tu ne veux pas de moi ? Au début…au début tu voulais coucher avec moi même si moi je ne voulais pas. Tu m’as bien acheté pour du sexe non ?
  • Jordane ?!

Je la réprimande rapidement car je pense que toutes celles et ceux qui nous entoure ont dû entendre ce qu’elle vient de dire malgré le volume ambiant. Elle titube légèrement sur place.

  • Tu m’as embrassée sans que je sois d’accord et maintenant…

Une larme coule le long de son visage.

  • Maintenant dès que je m’approche de toi… tu recules, alors laisse-moi.

D’autres larmes coulent et ça me pince le cœur. Je n’ai pas envie de faire une scène ici, devant tous ces inconnus.

  • Jordane rentrons ! dis-je en me rapprochant d’elle d’une voix qui se veut plus douce.
  • Pourquoi ? ajoute-t-elle tout en pleurant, Pourquoi ?

Ne tenant plus, je la prends dans mes bras et viens l’étreindre doucement. Une de mes mains se place à l’arrière de sa tête et l’autre dans son dos. Je la sens sangloter, son thorax se gonflant par intermittence contre ma poitrine. Mon cœur se pince.

**********

Une fois à la maison, je la déshabille rapidement et l’allonge dans le lit. Elle est comme lessivée, épuisée soit par l’alcool soit par tout ce qui se passe dans sa vie. Son maquillage a coulé laissant les traces de ses larmes le long des joues. Mes doigts dégagent quelques mèches de ses cheveux et je viens déposer un doux baiser sur son front tout chaud. Endormie, elle ne répond à aucun de mes gestes. Je m’en veux de ne pas m’ouvrir à elle, de ne pas savoir comment lui parler…je remonte la couette jusqu’en haut de ses épaules et me lève pour aller chercher un linge humide et de l’eau froide lorsque que l’entends dire :

  • Maman…

Elle sert la couette entre ses mains et des larmes coulent sans qu’elle ne fasse de bruit.

C’est la première fois que je l’entends appeler sa mère et il est vrai que je ne lui ai jamais posé de questions sur sa famille. Je la vois se recroqueviller et froncer des sourcils comme si elle avait mal. Je pars vite récupérer dans la cuisine une bassine puis de retour dans la chambre la remplit d’eau dans la salle de bain tout en attrapant un linge.

Assise au bord du lit, je lui pose le tissu humide sur le front.

  • Je ne me sens pas bien, dit-elle tout en se redressant. J’ai chaud…

Elle pousse la couette avec peu de grâce et cherche à enlever son t-shirt qu’elle ne porte plus. Vêtu simplement de son soutient gorge, je la vois toucher son corps comme perdu puis se laisse retomber à la renverse. De nouveau, elle se referme sur elle-même tout en frissonnant. J’attrape la couette que je lui monte jusqu’aux épaules et replace le tissu sur son front. Ma main vient caresser ses cheveux espérant ainsi l’apaiser. Au bout de quelques minutes, je me rends compte qu’elle s’agite moins. Elle a certainement dû trouver le sommeil. Délicatement, je me lève du lit pour aller moi-même me mettre à l’aise car la robe de soirée devient de plus en plus inconfortable. A moitié debout, sa main vient saisir mon poignet.

  • Ne me laisse pas…s’il te plait…

Ses yeux clairs sont grands ouverts et son regard me transperce. Est-elle consciente ? Elle ferme les yeux comme si de rien était, sa main m’agrippant toujours. Je reprends ma place, tout en gardant sa main dans la mienne. Instinctivement, je reprends les caresses dans ses cheveux.

 

 

Chapitre 19 : JORDANE

Lorsque j’ouvre un œil, c’est la lumière qui me fait mal à la tête dans un premier temps, puis j’ai comme l’impression d’avoir un marteau piqueur dans le cerveau. Je grimace.

  • Ahh…j’ai mal

Je prends une grande respiration et essaye de me remémorer ce qu’il s’est passé mais rien que le fait de penser me donne mal à la tête. Je verrais ça plus tard, je ne me sens vraiment pas bien et je me sens lourde. Est-ce que c’est la couette qui donne cette impression ou tout l’alcool ingurgité ?

Plus jamais je ne boirais !

Je tourne la tête à droite puis à gauche, les yeux légèrement fermés et encore à moitié endormi. J’essaye difficilement de tirer la couette mais rien à faire, la force m’échappe totalement. Je lâche un soupir et referme les paupières quelques secondes. Une de mes mains vient frotter mon visage malaxant doucement mes tempes de mes pouces.

Allez Jordane, trouve le courage de te lever !

Je me redresse avec beaucoup de difficulté sur un coude et suis choquée de voir Elise à moitié allongée-assise au bord du lit, le haut de son corps reposant sur mes jambes. Mon palpitant accélère légèrement. Que s’est-il passé hier soir ? Pourquoi est-elle là et dans cette posture ? C’est en voyant sa tenue que mes yeux s’écarquillent et instinctivement je viens placer une main sur ma bouche pour éviter tout bruit. Des bribes de la soirée me remontent en mémoire. Je crois me souvenir de mon état, ma santé actuelle me le confirme bien, mais, si mes souvenirs sont bons, c’est mon comportement qui me choque le plus. Sur le côté du lit, j’aperçois une bassine d’eau et un linge humide. Elle est toujours habillée de la veille. A-t-elle pris soin de moi toute la soirée ? Moi qui la croyait distante. Je vois sa main bouger et instinctivement je me rallonge fermant les yeux pour simuler mon endormissement. Mes jambes s’allègent, la couette retrouve de sa fluidité. Je devine qu’elle vient de se lever mais je ne bouge pas pour autant. Je ne veux pas lui faire face, pas maintenant, pas comme ça. Quelques secondes passent et je n'entends aucun pas, pas un bruit dans la chambre. Je me demande bien ce qu’elle fait. Feignant toujours de dormir, je sens sa main venir toucher mes cheveux puis caresser mon front et redescendre le long de ma joue puis son pouce vient caresser mes lèvres. Mon cœur s’emballe de plus belle. Est-ce que je dois ouvrir les yeux ou continuer à simuler ? Je suis perdue. Je sens un baiser se déposer sur mon front puis des pas s’éloigner. Une fois la porte fermée, j’ouvre les yeux et regarde dans cette direction. Personne, juste moi et mes questions.

Je ne sais pas le temps qu’il s’est écoulé lorsque je décide de me lever pour enfin descendre. Le pas lent et peu fiable, un état nauséeux, je suis surprise de voir que les rideaux du salon ne sont pas ouverts alors qu’habituellement la luminosité transperce la pièce. J’ai l’impression d’avoir bien mal jugé Elise depuis le début car j’ai l’impression qu’elle se soucie plus de moi que je ne le pensais. Mes jambes me trainent jusque dans la cuisine ou je pense la retrouver mais personne.  Sur la table un bol rempli d’un bouillon, une assiette de riz et une boite de doliprane. Je comprends instantanément que cela est pour moi et j’en souris mais suis vite rattrapée par la réalité de son absence. Où peut-elle bien être un dimanche matin ? Je me retrouve encore seule et mon cœur se pince.

J’ai à peine le temps de monter la première cuillère à ma bouche que j’entends la porte d’entrée s’ouvrir. Je me redresse tout en me demandant quoi faire. Est-ce que je vais à sa rencontre ? Est-ce que j’attends qu’elle vienne ici ? Je suis encore et toujours indécise et cela m’agace de plus en plus.

Lorsqu’elle rentre dans la cuisine, elle est surprise de m’y trouver. C’est vrai qu’il n’est pas si tard que ça, aux alentours des 10h et elle devait s’attendre à ce que je reste au lit un peu plus longtemps. Elle dépose deux sacs de courses sur l’ilot central et commence à les déballer. Un petit coup d’œil à la nourriture devant moi lui fait dire :

  • C’est un bon remède pour la gueule de bois.

Inconsciemment, je regarde à nouveau ce qu’elle m’avait préparé puis elle.

  • Merci, tu…tu n’étais pas obligée.

Elle fait un petit mouvement de tête comme pour acquiescer puis range les affaires dans le frigo et les placards. Elle attrape une bouteille d’eau qu’elle vient placer devant moi.

  • Hydrate toi bien pour évacuer l’alcool.

Elle commence à faire demi-tour lorsque je l’interpelle :

  • Elise ?!

Son regard se plante dans le mien.

  • Merci…merci pour tout
  • Il n’y a pas de quoi.

Sur ces mots, elle quitte la pièce.

Le petit déjeuner m’a fait du bien car les nausées ont disparu. Après avoir pris la douche, je décide de descendre la rejoindre sur le canapé. Je l’ai vu attraper un livre et s’installer avant de monter. Sans un bruit, je viens me positionner à côté du canapé les mains jointes devant moi.

  • Est-ce que je peux m’asseoir ? ma voix timide lui parvient doucement

Elle ramène le plaid vers elle pour me laisser de la place. Doucement, je m’installe, reculant au maximum pour poser mon dos contre le dossier. Un regard par la baie vitrée m’indique que le temps dehors n’est plus celui de l’été. La chaleur qui pourtant depuis de nombreuses semaines nous étouffent est complétement partie aujourd’hui au même titre que mon état. Je serre mes jambes et pose un coussin par-dessus. Nerveusement, je gratte mes mains. Le seul son parcourant la pièce est le bruit des pages de son livre qu’elle feuillète. Plusieurs minutes passent et cela me semble une éternité. Je ne sais pas quoi lui dire, en fait si, je sais quoi lui dire mais je ne sais pas comment. J’ai l’impression que ces derniers temps on ne se comprend pas. Tout ce que je veux c’est lui faire savoir ce que je ressens, lui avouer ce qu’elle représente pour moi mais j’ai peur que cela ne soit pas réciproque. Pourtant, j’ai bien vu qu’elle s’inquiétait à mon sujet mais…ce n’est peut-être pas de l’amour.

Je décide de me lancer :

  • Elise ? je…

Je n’ai pas le temps de continuer que son livre résonne lorsqu’elle le pose bruyamment sur la table basse devant nous.

Elle croise les jambes, pose son bras droit sur l’accoudoir du canapé et tout en regardant devant elle me demande :

  • Pourquoi as-tu mis ton corps aux enchères ?

Je reste bouche bée. Depuis le début elle m’avait dit ne pas vouloir connaitre mes motivations et là, de but en blanc, elle me pose cette question.

  • Heu…

Lorsqu’elle me regarde sur le côté, je comprends que ce n’est pas la réponse escomptée.

  • Pourquoi être retourné dans ce bordel ?

Je déglutis difficilement mais je ne sais pas par où commencer.

Son regard s’assombri de plus en plus.

  • Hier soir, tu étais tellement bourrée que tu étais prête à te jeter sur n’importe qui.

Je ne pense pas que j’aurai fait ça mais peut être que l’alcool m’a fait faire des choses en sa présence juste pour l’énerver.

  • Je…

Pourquoi je n’arrive pas à lui répondre, à faire une phrase simple.

Elle dégage le plaid, se retourne vers moi et balance le coussin loin de nous. Ses yeux sont rempli d’un je ne sais quoi qui ne me dit rien de bon.

  • Si c’est du sexe que tu cherches je vais t’en donner.

Son ton est rempli de colère et en même temps de tristesse.

Sans m’y attendre elle saisit ma tête et viens m’embrasser fougueusement. J’essaye de me dégager mais ses mains derrière ma tête et mon dos m’en empêche. Elle me pousse pour m’allonger ses lèvres ne quittant pas les miennes. Le baiser est brulant mais pas dans le sens que j’aurai aimé. A nouveau, j’essaye de la repousser mais elle saisit mes mains qu’elle pose de part et d’autre de ma tête. Elle délaisse mes lèvres pour descendre dans mon cou.

  • Elise s’il te plait arrête…

Ma voix tremble.

Non je n’ai pas peur mais je ne veux pas que ça se passe comme ça.

Elle serre de plus en plus fort mes poignets et les baisers dans mon cou s’intensifient. Aucun de ses baisers ne sont doux. Ils sont remplis d’agressivité.

  • Elise…Eli…arrête !

Elle relâche mes mains et s’empresse de venir lever mon t-shirt, agrippant fermement mes hanches, ses baisers continus jusqu’à la jonction de mon oreille. Je frissonne lorsque son souffle caresse mon oreille.

  • S’il te plait, pas comme ça… s’il te plait…

Je regroupe toute la force que j’ai en moi et la pousse violement en arrière. Mon souffle se coupe lorsque j’aperçois des larmes couler le long de ses joues. Malgré son regard noir, c’est sa tristesse qui me transperce le cœur. Son thorax se lève avec rapidité, ses lèvres son enflées et je ne sais plus quoi penser. C’est la première fois que je la vois si triste. Pourquoi pleure-t-elle ?

 

Chapitre 20 : ELISE

Je n’arrive plus à retenir mes larmes de couler. Je suis là en train de l’embrasser dans le cou et pourtant c’est mes doutes, la peur que j’aie eu à chaque fois que j’ai cru la perdre, ma froideur envers elle qui coule dans ces larmes. Je suis en colère contre moi mais aussi contre elle pour tout ce qu’elle se fait subir. Mes mains sur ses hanches, je ressens la chaleur de son corps. J’ai envie de l’empoigner et de lui faire mal tout comme elle me fait mal. C’est cette nuit que j’ai pris conscience de ce qu’elle représente pour moi et de ce que je ressens sincèrement. Pourtant, je m’étais promis de ne plus jamais me laisser prendre à ce jeu de l’amour. Toutes ces années à aimer une personne qui me le rendait misérablement et maintenant, moi, dans le rôle de la méchante. Cette même personne que j’ai tant haïe et détesté.

Sa voix me fait encore plus mal lorsqu’elle me demande d’arrêter.

Sans m’y attendre je me retrouve projetée de l’autre côté du canapé. Elle me regarde à sa manière pendant quelques secondes puis vient m’embrasser. Je ne m’attendais pas à ça mais plutôt à une gifle. Le baiser est plus doux, plus sensuel. C’est elle qui prend l’initiative de venir caresser ma langue. Mes mains reprennent leur ascension relevant son t-shirt pour découvrir un peu plus de son corps. Le bout de mes doigts glisse dans son dos et je la sens gémir. Je ne tiens plus, j’ai envie d’elle. Je la bascule à nouveau à l’envers pour qu’elle s’allonge et viens me poser sur elle de tout mon corps. Nos lèvres toujours l’une contre l’autre, le baiser s’intensifie. Il n’est plus brutal comme tout à l’heure mais excitant. A nouveau, je délaisse ses lèvres pour son cou. Elle tourne la tête me laissant toute jouissance de sa peau. Mes baisers parcourent sa mâchoire puis descendent jusque sur sa clavicule. Je remonte doucement venant mordiller son lobe de l’oreille. A nouveau, elle gémit et ce son fait battre mon cœur si vite que je me hâte de descendre ma main le long de son ventre. Je commence à glisser ma main sous l’élastique de son jogging lorsque, prise d’un doute j’arrête tout mouvement. Je me redresse sur un bras et la regarde. La bouche légèrement ouverte, le souffle court et les cheveux décoiffés, je la trouve tellement sexy.

Est-elle d’accord pour continuer ? En a-t-elle envie ?

Je ne veux plus agir comme je l’ai fait quelques minutes auparavant. Elle me saisit la main et la glisse elle-même au niveau de son entrejambe me donnant l’approbation que j’attendais. Mes yeux ne quittent pas les siens et doucement, je place mes doigts sous son tissu et commence à découvrir sa petite zone humide. Car oui, elle est humide et cela me réconforte dans un sens. Elle en a envie autant que moi.

Je continue ma découverte pendant que mes lèvres la retrouvent. Ma langue jouant avec la sienne au même rythme que mes doigts sur sa fleur. Je la caresse doucement pendant que ses mains se posent dans mon dos. Elle m’attire plus à elle alors je n’hésite pas à placer une de mes jambes entre les siennes et faire pression avec ma cuisse. Je joue doucement avec son clitoris voulant que ce moment dure. Je veux qu’elle découvre ce plaisir et qu’elle en garde un bon souvenir. Petit à petit mon doigt se rapproche de son trou et je la sens se contracter. Ses mains saisissent mon haut. Qu’elle se rassure, je serai douce avec elle. J’aimerai lui dire et lui enlever ces craintes mais je ne veux pas casser l’instant présent.

Je me redresse sur mon bras gauche et la regarde. Ses pupilles dilatées ne mentent pas, elle est prête. Je continue de caresser son clitoris tout en allant plus bas. Mon majeur ne bouge plus tandis que mon pouce continue les caresses. Ne la quittant pas des yeux, je la vois bouger et redresser son bassin. J’attends patiemment qu’elle monte suffisant pour glisser en elle. Je veux la laisser faire, je veux lui laisser le temps de ressentir et de découvrir. Au fil des secondes mon doigt glisse de plus en plus en elle, son corps faisant tout le travail et j’ai énormément de mal à me retenir pour l’accompagner. Je l’embrasse de nouveau dans le cou mais l’excitation devient de plus en plus forte. Elle m’appuie dans le dos comme pour me faire passer un message et c’est en saisissant sa bouche que je glisse en elle entièrement. Elle émet un son rauque au même moment. Je place ma tête sur le côté pendant que ma main fait de rapide va et vient. Au début immobile, elle m’accompagne après quelques secondes. Je n’ai qu’un seul doigt en elle et c’est suffisant. Je sens déjà comme elle est serrée. Ma paume appuie sur son clitoris, elle vient lever sa tête et la placer dans mon cou. Ses bras dans mon dos, elle m’agrippe de tout son corps. Je sens qu’elle n’est pas loin de l’extase, sons souffle chaud contre moi. J’accélère le rythme ne lui laissant aucun répit, elle va bientôt jouir et découvrir ce plaisir exaltant, de petites sons accompagnent mes mouvements. Ses cuisses se serrent au même moment où elle gémit. Ses doigts se referment sentant ses ongles rentrer dans ma chair et elle relâche sa prise. Délicatement, je retire ma main et reste contre elle ou je sens quelques soubresauts. Sa respiration est forte, je reste sans bouger, sa tête dans mon cou attendant qu’elle reprenne ses esprits.

Elle m’extirpe un sourire lorsque je l’entends rire. Tout petit et vraiment très mignon. Ça doit être sa façon de réagir après avoir fait l’amour. Elle se retourne vers moi et m’enlace. Face contre face, sa tête toujours dans mon cou je la vois fermer les yeux. Je lui dépose un petit baiser sur le front et l’étreins à mon tour.

De longues minutes passent sans que nous parlions. Le battement de son cœur résonnant contre moi, la chaleur de ses lèvres dans mon cou. C’est elle qui vient brise le silence.

  • Mes parents sont décédés lorsque j’avais 14 ans. Mon père avait une entreprise en gestion du patrimoine et ma mère une petite boutique de bijoux. Je suis allée vivre avec ma grand-mère après leur décès. Je ne sais pas ce que mes parents ont fait mais du jour au lendemain le fisc a débarqué et a tout saisi. La maison, nos affaires, les comptes en banque…tout.

Elle laisse échapper un soupir tout en rigolant, puis continue :

  • C’est rigolo car mon père s’occupait du patrimoine des autres et ne savait même pas gérer le sien.

Les secondes s’écoulent sans un mot.

  • Quelques temps plus tard, avec ma grand-mère on a eu la visite de personnes pas très fréquentables. Mes parents leur avaient aussi emprunté de l’argent. On n’avait plus rien, enfin si ma grand-mère avait toujours son petit appartement mais je n’avais aucun moyen de les rembourser. Je n’avais que 14 ans et ma grand-mère était retraité depuis quelques années déjà. Elle s’est remise à travailler pour essayer de mettre de l’argent de côté car ces hommes avaient dit qu’ils reviendraient à ma majorité. Et c’est ce qu’ils ont fait. En plus de mes études, je travaillais dès que je pouvais et le moindre argent que nous avions on leur donnait. Elle est morte elle aussi quelques temps plus tard, certainement à cause de tout ça. Ces hommes étaient de plus en plus insistants. J’ai vendu l’appartement mais ce n’était pas suffisant. J’ai continué de travailler mais j’étais épuisée. Je n’avais aucun endroit où dormir, ni pour me laver alors des fois je restais chez des copains mais juste un jour ou deux, sinon je me cachais dans le gymnase de l’université, au moins je pouvais prendre une douche et dormir à l’abri. Un soir, en donnant ce que j’avais comme argent, un de ces hommes a proposé de me payer pour du sexe. J’ai de suite refusé et il m’avait lancé le nom du bordel à Marco au cas où. J’étais de plus en plus épuisée, je ne pouvais pas me nourrir comme je voulais, j’avais du mal à rester éveiller aussi bien pour les études que pour les petits boulots que je perdais au fur et à mesure. Je n’aurai jamais pu tout leur rembourser si je n’avais pas cédé. C’est comme ça que je me suis retrouvée là-bas.

Je suis un peu abasourdi par son histoire, je ne m’attendais pas à ça. Je ne sais pas à quoi je m’attendais exactement mais sa vie n’a pas été facile et je me demande encore comment elle a fait pour ne pas tomber là-dedans plus tôt.

  • J’y suis retournée parce que j’avais besoin de manger et de me loger et en fin de compte, c’est de l’argent facile si on fait abstraction de ce qu’il peut se passer dedans. Et pour hier soir, je ne me souviens plus trop de ce qu’il s’est passé mais je ne serai jamais sorti avec quelqu’un d’autre. J’ai dû faire ça pour t’embêter parce que j’étais énervée, parce que tu ne venais plus vers moi et parce que… je t’aime.

Je sens son pouls accélérer lorsqu’elle dit ces mots. Elle qui n’osait me parler à son arrivée, qui était sur la défensive et toute timide vient de s’ouvrir à moi. Je ne sais pas quoi répondre ni à son triste parcours ni à son aveu. La seule chose que me dicte mon cœur c’est de la serrer fort contre moi car je ne veux pas la perdre. Je veux la rassurer mais les mots restent coincés dans ma gorge. Je caresse avec tendresse son dos tout en la maintenant serrer. Ses lèvres dans mon cou, je repose ma tête au-dessus de la sienne. Je sens ses mains se glisser sous mon haut et dessiner de petits ronds du bout des doigts. J’adore cette sensation de légèreté et ce côté apaisant d’être dans les bras de la personne à qui l’on tient. Il y a tellement longtemps que je n’ai connu ça. A cet instant, je me sens heureuse.

 

Chapitre 21 : JORDANE

Sentir sa peau sous mes doigts me parait presque irréel. Nous sommes dans les bras l’une de l’autre, ma tête dans son cou et j’hume son odeur à plein poumon. Cette même odeur qui m’apaise et me donne envie. Sa chaleur qui m’enveloppe comme une couverture de bonheur et ses bras qui m’entourent et me protègent.

Je me sens bien.

Je me sens en sécurité.

Je suis heureuse.

Sa peau est vraiment douce. Je la découvre doucement, capturant dans chacun de mes doigts cette sensation de velours. Petit à petit, je viens glisser mes doigts jusque sur son flanc ou je sens son ventre se contracter. Ma main parcoure ses côtes puis retourne dans son dos et ainsi de suite. Je ne me lasse pas de ce toucher. Je n’aurai jamais cru que cette première fois en tout me donnerait autant de bonheur. La première fois contre elle, la première fois à la toucher, la première fois à faire l’amour. Je me sens rougir rien que d’y repenser. J’avais peur d’avoir mal car c’est ce que beaucoup raconte de leur première fois mais je n’ai senti aucune douleur, bien au contraire. Elise a été douce et patiente. Quand je repense à ses baisers et sa main découvrant mon intimité, tout cela me redonne envie. Inconsciemment, je mordille ma lèvre.

  • Si tu continues comme ça, je ne pourrais pas me retenir.

Sa voix chaude et le souffle dans mon oreille me font sortir de mes pensées. Je me rends compte l’avoir attiré plus à moi en bougeant légèrement contre elle. La chaleur monte instantanément au niveau de mes joues.

  • Désolée

Je me sens honteuse.

  • Ne t’excuse jamais pour ça !

Elle me bouscule sur le dos à nouveau et grimpant sur moi à califourchon vient saisir mes lèvres. Dès que sa langue caresse la mienne je comprends vite que nous partons pour un second round et les papillons dans le ventre me confirme en avoir très envie. Notre baiser dure de longues minutes ou je n’hésite pas à parcourir son dos de mes mains. Je caresse ses flancs faisant glisser mes ongles de bas en haut. Elle retient un son en venant mordiller ma lèvre. Lorsqu’elle se redresse, son regard est brulant et, ne quittant pas mes yeux un instant, elle enlève son haut puis habilement vient dégrafer son soutien-gorge. Face à moi deux magnifiques poires qui ne demandent qu’à être croquées. Sans attendre, je me redresse également et vient embrasser son sein droit. Il est encore plus doux que sa peau et si délicieux au goût. Ma main gauche reste sur son ventre remontant au fil de mes baisers. C’est elle qui la saisit et vient la placer sur son autre sein.  Je ferme doucement ma poigne dessus tout en embrassant l’embrassant. Ma langue vient jouer sur son téton rose. Elle remonte mon t-shirt pour le faire passer par-dessus ma tête. Je me retrouve comme elle a découvert. Je reprends ma place entre sa poitrine ne sachant plus où donner de la tête tant son corps me fait envie. Sans m’y attendre, elle se lève et d’un geste des plus rapide enlève le bas. Mes yeux se posent partout. La gorge sèche, je déglutis difficilement. J’ai envie de me jeter sur elle et l’embrasser à tous niveaux.

  • A-t-on tour ?

Son sourire en coin me fait passer le message. Je me dégage de mon jogging puis de ma petite culotte qui au passage est très humide. J’ai à peine le temps de poser tout ça au sol qu’elle reprend sa position de base. Elle saisit ma tête et m’embrasse sauvagement. Nos corps brulants l’un contre l’autre est une sensation toute nouvelle et des plus excitante. Ses petits mouvements de bassins viennent parfois effleurer le bas de mon ventre et j’imagine son sexe entièrement sur moi. N’y tenant plus je viens saisir ses fesses dans mes mains et je la sens sourire au même moment. Je ne sais pas trop quoi faire, mon inexpérience totale pourrait me faire paniquer mais mon excitation prend le dessus. Je sais qu’Elise aime aller droit au but, ne pas prendre de détours. Moi qui suit de nature plus réservée, je décide de laisser libre cours à mes pulsions. Elle ne dira pas non, bien au contraire et je ne voudrais pas la décevoir. Mes mains naviguent entre ses fesses et ses hanches tandis qu’elle se meut sur moi. Puis je me dirige petit à petit vers l’intérieur de sa cuisse. Lorsqu’elle lève le bassin, je comprends qu’elle me laisse la place pour mettre ma main. Nos baisers ne cessent pas, ma main descend doucement vers son sexe. Mon cœur accélère de plus en plus car j’appréhende ce qui va suivre. Je veux tellement lui faire plaisir et ne pas être ridicule. Je pose toute ma main de façon peu délicate sur son entrejambe ce qui l’a fait pouffer de rire un millième de seconde. Nos corps redressés sont toujours collés l’un à l’autre, elle arrête de m’embrasser, recul légèrement sa tête, regarde ma main et me sourit. Elle vient poser ses deux bras derrière elle pour reposer son corps tout en bousculant sa tête en arrière. Ses mouvements de bassin reprennent me laissant plein vu de l’action, ses abdos se contractant lorsqu’elle se redresse. Elle se frotte à ma paume, ses fesses claquant parfois sur mes cuisses. Je la trouve tellement sexy à cet instant, se donnant à moi comme ça. L’excitation qu’elle me procure sans me toucher est extrême. Mes pensées restent plongées dans sa position mais lorsqu’elle s’arrête, je la questionne sans un mot. Ses yeux regardent ma main puis un léger sourire en coin se dessine. D’un petit geste de la tête, elle me commande. Ma langue passe sur ma lèvre inférieure tout en remontant un doigt entre ses lèvres humides. Je découvre délicatement ce petit bijoux. Lorsque j’effleure son clitoris, elle reprend sa danse. Je le lève puis effectue de petites pressions dessus et j’ai l’impression que cela lui plait. Sa respiration est plus forte et elle laisse échapper de petits gémissements, infimes mais présents. L’un de mes doigts se dirigent plus bas, jouant à l’extrémité de son trou. Je la caresse, je fais des petits cercles L’endroit est chaud et humide tout comme mon envie.

Je ne résiste plus.

Mon majeur rentre en elle si facilement que j’en reste scotchée. L’intérieur est tout aussi doux et humide. Elle redresse la tête et ne me lâche pas du regard. Son rythme accélère. J’essaye de suivre sa cadence, mes yeux alternants entre son regard noir et la vue de mon doigt glissant en elle. J’aimerai la toucher en même temps ou l’embrasser mais son corps repose trop loin. Je saisis sa fesse et la serre. Elle revient contre moi brutalement tout en relevant à nouveau le bassin.

  • Mets en un autre

Son souffle est court lorsqu’elle me murmure ça à l’oreille. Je ne perds pas un instant et répond à son attente. En position proche de son entrée, elle vient s’asseoir entièrement sur moi laissant s’échapper un gémissement bien long lorsque mes doigts pénètrent. Accrocher à mon cou, ses mouvements se font plus secs. Je reste concentrée sur ma position tout en l’embrassant. Son rythme accélère de plus en plus, son souffle aussi, l’espace autour de mes doigts se resserre. L’accompagnant au maximum, mon cœur sourit lorsque je l’entends jouir. Elle ralentit petit à petit, se laissant retombée entièrement sur moi. Mes doigts toujours en elle je ne bouge plus. Elle lève le bassin se libérant de ma présence. Je sens son cœur battre contre ma peau.

J’aime cette sensation d’être l’une contre l’autre toute nu. Son corps chaud contre le mien. Je lui dépose un petit bisou dans le cou. Elle vient entourer ses mains autour de mon visage et de ses lèvres douces m’embrasse tendrement.

**********

Depuis maintenant quatre jours, j’ai la chance de dire que je suis en couple. Même si je ne le dis à personne, mais dans ma tête je me le répète et cela me fait sourire.

  • Qu’est-ce qui te fait sourire ?

Je regarde Léa croquer dans son sandwich tout en m’examinant.

  • Rien en particulier
  • On ne dirait pas pourtant. Tu es bizarre depuis lundi à croire qu’il s’est passé un truc durant le weekend…

Ces mots restent en suspens et cela me fait encore plus sourire. Me souvenir de ce weekend, me souvenir de cette journée avec elle, l’après-midi contre elle, sa peau…

  • Tu rougis ?!
  • Hein !

Je tourne la tête brusquement ce qui la fait se lever rapidement.

  • Ne me dis pas que…

Elle gesticule la main devant moi tout en finissant d’avaler.

  • Ne me dis pas que tu as trouvé quelqu’un ?

Je ne réponds rien, j’imagine que mes joues lui donnent la réponse car elle enchaine.

  • Je veux tout savoir, c’est qui ? Tu l’as trouvé en boite ? Comment t’a fait ? On était ensemble toute la soirée et je ne t’ai vu avec personne d’autre que…

Elle s’arrête net, ouvrant les yeux si grands que ces orbites pourraient sortir. Elle met une de ses mains sur ses hanches, sa posture devenant plus ferme.

  • Ne me dis pas que tu sors avec Léo ?

Avec son frère ! Jamais de la vie.

J’éclate de rire si fort que les autres étudiants autour nous regardent avec intérêt.

  • Ça ne risque pas !
  • Comment ça, ça ne risque pas ? Il est très bien mon frère ! dit-elle légèrement offusquée tout en reprenant place à mes côtés.
  • Oui il est très bien mais ce n’est pas du tout mon genre.
  • Hum hum

Elle croque dans son sandwich tout en plissant des yeux.

  • Au fait, c’était qui cette femme samedi soir ?
  • Heu..c’était…

Pourquoi j’hésite ? Mon cœur s’emballe brusquement tout en bougeant mon pied par nervosité.

  • C’était Elise.

Voilà un bon début.

  • Elise ? Je ne connais pas.

Léa est pensive tout en continuant de manger son sandwich.

Quelques secondes passent sans que nous parlions lorsque d’un seul coup, je l’entends s’étouffer. Je lui tapote dans le dos tout en lui demandant si ça va. Elle attrape sa bouteille d’eau et avale une gorgée puis s’essuie du revers de sa main.

  • C’est elle ta copine ?

Pourquoi lorsqu’elle me demande ça, je me sens prise au piège. Je ne veux pas lui mentir et j’ai en même temps peur de sa réaction. Je déglutis péniblement, prend une grande inspiration et lui réponds :

  • Oui

Elle ouvre et ferme la bouche puis me sourit.

  • Ah ba voilà, j’avais raison tu as bien quelqu’un. Tu aurais pu me le dire quand même, moi je te raconte tout.

Un poids s’échappe au moment même où elle croque dans son sandwich.

  • Alors dis-moi, c’est comment au lit ?

Elle lève les sourcils pour accentuer sa phrase puis éclate de rire.

  • Tu verrais ta tête Jordane. Je plaisante rassure toi mais il n’empêche que je veux tout savoir. Alors vous vous êtes rencontrées comment ? Elle a quel âge ? Elle avait l’air joli je crois mais j’étais un peu trop éméchée samedi pour vraiment m’en souvenir. Tu pourras me la présenter ?...

Léa est partie dans un questionnaire à mille questions et je ne sais pas par où commencer. Une chose est sûre, je vais lui donner des détails mais je vais garder l’histoire principale pour moi.

**********

Un regard à ma montre m’indique 19h45. J’avais oublié qu’aujourd’hui on finissait à 20h. Mon portable est totalement déchargé et j’ai oublié le câble à la maison. Je ne pense pas qu’Elise s’inquiète car elle est rentrée tard toute la semaine à cause du travail et souvent le vendredi soir elle est aussi prise. Avec un peu de chance on rentrera en même temps. J’ai tellement hâte de la retrouver et de passer du temps seule avec elle. On a juste dormi ensemble ces dernières nuits et j’avoue avoir envie de plus maintenant que je connais le bien-être que cela procure.

 

21h30 lorsque je passe le pas de la porte. Je suis bien contente de rentrée. Un accident sur la route a fait perdre pas mal de temps au bus. J’enlève mes chaussures dans l’entrée puis me dirige dans le salon apercevant Elise sur le canapé. Mon sourit grandit dès que je la vois. Je laisse tomber mon sac au sol et part en trottinant vers elle.

  • Je suis contente de…te…voir…

Ma voix se fait timide quand j’aperçois les traits de son visage, triste et sévère à la fois. Je m’approche doucement.

  • Tu étais où ? sa voix est remplie d’amertume.

Elle reste assise sur le canapé et je suis debout face à elle les mains jointes. Ce que je ressens à ce moment précis ne m’indique rien de bon. Mon cœur s’emballe, j’ai l’impression de me retrouver quelques mois auparavant.

  • J’étais à la fac.

Je n’ai pas le temps d’enchainer qu’elle me coupe.

  • Si tard ?
  • Heu…oui les cours ont fini à 20h, le temps de prendre le bus. Il y a eu un accident sur la route et le bus à pris du retard…

Elle ne répond rien avec un air bizarre sur son visage. Je vois son téléphone dans ses mains, je pense comprendre ce qu’il se passe.

Je viens m’agenouiller devant elle tout en lui saisissant les mains.

  • Je n’avais plus de batterie, excuse-moi sinon je t’aurai appelé.

Elle essaye de rester de marbre pourtant je vois bien à son comportement que quelque chose ne va pas. Pour la première fois depuis que je la connais, je vois apparaitre cette facette d’elle.

Elle a eu peur.

  • J’ai cru que…son regard me transperce puis elle se reprend. Non rien !

Je me jette à son cou, l’étreignant fortement.

  • Jamais je ne te quitterai, je ne voulais pas t’inquiéter. Je t’aime vraiment tu sais.

Lorsqu’elle enroule ses bras autour de moi, mon cœur fond. Sa tête dans mon cou, ses lèvres chaudes sur ma chair, je ne veux plus la lâcher. A cet instant, je comprends qu’elle tient à moi plus que je ne le pensais et cela me fait un bien fou. Je n’aurai jamais cru avoir le droit à ce bonheur un jour.

Epilogue

JORDANE

 

  • On y va ? me demande doucement Elise en penchant la tête vers moi.

A cette phrase, je devine qu’elle commence à en avoir marre d’être là. Je peux la comprendre. Elle a fait l’effort de venir sur ma demande ou devrais-je dire mes demandes acharnées. Cela va faire environ trois heures que nous sommes à la terrasse du café avec mes amis. Léa m’avait tellement seriné que j’avais accepté. Au début, ils ont été perplexe car ils l’ont regardé de façon impressionné. Il faut dire qu’elle s’était habillée un peu trop pour l’occasion. C’était peut-être ma faute car j’avais un peu, beaucoup extrapolé. Et c’est sans compté son côté femme fatale, elle s’était habillée sur son trente-un. Léa l’avait de suite reconnu à cela, me glissant à l’oreille qu’elle l’avait prise pour ma mère. Heureusement pour moi, Elise n’avait pas entendu sinon je ne pense pas qu’elle serait restée.

  • Oui allons-y.

Elle attrape mon écharpe et me l’enroule délicatement autour du cou ajustant cette dernière pour que je n’attrape pas froid. Je lui saisis la main et j’entrelace nos doigts tout en lui déposant un léger bisou sur les lèvres.

J’entends Léa se plaindre derrière moi d’être encore célibataire ce qui nous fait sourire. Après leur avoir dit au revoir, nous reprenons la route direction la maison. Sur le chemin, elle réagit sur certaines choses qui se sont dites cette après-midi. On rigole beaucoup, surtout lorsqu’elle imite la réaction de mes amis.

Au fil des semaines j’ai appris à mieux la connaitre. Malgré son côté femme mature, elle laisse parfois apparaitre son côté taquin et j’adore ça. Elle est toujours aussi débordée par son travail, elle fait de son mieux pour passer un maximum de temps avec moi et privilégie nos moments à deux que cela soit en public ou dans notre intimité que je chérie plus que tout.

Et c’est dans ces moment-là, que je comprends qu’elle m’aime aussi. Elle ne l’exprime pas de la même manière, elle ne me le dira certainement jamais à haute voix mais son attitude et ses gestes m’ont prouvé et me prouvent encore que je compte à ses yeux. Pas comme une copine, pas comme une amie mais comme celle qui détient les clés de son cœur. Celle qui la fait sourire depuis maintenant plusieurs semaines, celle qui la fait rire, celle qui lui donne du plaisir, celle qui partage sa vie et qui j’espère, pour toujours.

J’attends patiemment le jour où elle me dira Je t’aime.

Ce jour sera celui où elle baissera les armes ne craignant plus la douleur, sans souvenirs blessants, sans peur.

Ce je t’aime elle me le dira quand elle sera prête et d’ici-là, je ferai tout pour elle car sans elle aujourd’hui, je ne serai pas là.

Je t’aime Elise.

 

 

FIN

 

 

Merci à nouveau d'avoir pris le temps de lire.

 

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